Le monde de la gastronomie est souvent perçu comme un univers glamour, porté par des chefs étoilés qui séduisent le public par leur talent et leur charisme. Pourtant, une enquête diffusée dans l’émission Complément d’enquête sur France 2, le 26 mars 2023, jette un éclairage inquiétant sur la réalité du chef Matan Zaken.
EN BREF
- Matan Zaken, chef étoilé, est accusé de pratiques managériales abusives.
- Des témoignages d’anciens employés révèlent un environnement de travail difficile.
- Une enquête précédente avait déjà soulevé des problèmes de management toxique.
Dans ce numéro consacré aux « chefs vraiment top », l’émission se penche sur les parcours de figures emblématiques de la gastronomie moderne, en particulier sur Matan Zaken. Bien que son image publique soit celle d’un chef accessible et innovant, plusieurs témoignages d’anciens collaborateurs décrivent une réalité bien plus sombre, marquée par un management brutal et une pression constante.
Les récits de 26 anciens employés, révélés par l’enquête, peignent un tableau alarmant. Une pâtissière ayant quitté l’établissement après un an et demi évoque des semaines de travail dépassant les 60 heures et un climat de travail « humiliant ». « Il y a des moments où il nous traitait vraiment comme des merdes », témoigne-t-elle, illustrant ainsi un quotidien loin des aspirations d’un environnement de travail sain.
Ces témoignages sont corroborés par d’autres anciens collaborateurs qui rapportent des insultes, des cris et des comportements déplacés de la part du chef. Quatre femmes, filmées anonymement, évoquent des remarques dégradantes et une pression psychologique constante. Elles avouent avoir été attirées par l’image d’un chef moderne, loin des stéréotypes de la haute gastronomie, pour finalement découvrir un fonctionnement bien plus difficile.
Ce phénomène de management toxique n’est pas isolé. Une enquête publiée en 2024 par le journal Libération avait déjà mis en lumière des comportements similaires dans les établissements dirigés par Matan Zaken. Les écoles hôtelières, face à ces problèmes récurrents, commencent à prendre des mesures, certaines ayant cessé d’y envoyer des stagiaires.
Un responsable d’une école hôtelière de Paris a fait état de l’existence de « listes noires » d’établissements jugés nocifs pour les apprentis. Parmi ceux-ci figurent des restaurants étoilés, comme la Mare aux Oiseaux et le Fouquet’s, marquant ainsi un tournant dans la perception du métier de cuisinier. « La plupart des écoles ferment les yeux », déplore-t-il, soulevant un questionnement plus large sur la formation et le bien-être des jeunes professionnels.
Les chiffres sont également révélateurs : en 2020, 24 % des apprentis en cuisine témoignaient avoir subi des humiliations durant leur formation. Ce constat interpelle sur le besoin urgent d’une évolution des pratiques managériales dans le secteur de la gastronomie.
Face à ces accusations, Matan Zaken a reconnu avoir eu des débuts difficiles. Dans une déclaration à Complément d’enquête, il a affirmé avoir revu ses méthodes et structuré son organisation pour garantir un cadre de travail « respectueux, bienveillant et exigeant ». Cette prise de conscience soulève néanmoins des interrogations sur la pérennité des changements au sein de son équipe.
Au-delà de la situation personnelle de Matan Zaken, cette enquête soulève des questions plus larges sur la transformation de la gastronomie et sur la nécessité de moderniser les pratiques managériales. Alors que l’image d’une nouvelle génération de chefs est promue, les réalités du terrain semblent parfois en décalage avec cette représentation. Les réseaux sociaux, qui participent à la construction de ces images idéalisées, cachent souvent des pratiques de travail difficiles, révélant ainsi un monde où l’apparence peut masquer des vérités bien plus sombres.
Les récits de ces anciens employés invitent à une réflexion plus profonde sur le respect des valeurs humaines et professionnelles dans le secteur de la gastronomie. Le défi pour les chefs d’aujourd’hui est de construire des environnements de travail qui allient excellence culinaire et bien-être des équipes, car la véritable réussite ne passe pas uniquement par des étoiles, mais aussi par le respect des personnes qui œuvrent en cuisine.