Dans le monde de l’ultra-trail, la nutrition joue un rĂŽle primordial pour les athlĂštes. Le Dr Karine Herry, mĂ©decin spĂ©cialisĂ©e et pionniĂšre dans ce domaine, a rĂ©cemment tirĂ© la sonnette d’alarme sur les dangers liĂ©s Ă une surconsommation excessive de sucre, souvent prĂŽnĂ©e par les nouveaux protocoles nutritionnels. Alors que certains coureurs expĂ©rimentĂ©s consomment jusqu’Ă 120 grammes de glucides par heure, cette pratique nâest pas sans risques.
EN BREF
- Le Dr Karine Herry alerte sur les dangers de la surconsommation de sucre chez les coureurs.
- Des apports élevés en glucides ne conviennent pas à tous les athlÚtes et peuvent causer des troubles digestifs.
- L’accompagnement mĂ©dical est conseillĂ© pour Ă©tablir un programme nutritionnel adaptĂ©.
Les recommandations nutritionnelles pour les sportifs d’endurance ont Ă©voluĂ© au fil des ans. Alors que les apports conseillĂ©s se limitaient auparavant Ă 60 ou 90 grammes de glucides par heure, certains athlĂštes vont dĂ©sormais jusqu’Ă 120 grammes. Ce changement vise Ă amĂ©liorer la performance durant des efforts prolongĂ©s. Toutefois, cette approche ne doit pas ĂȘtre appliquĂ©e Ă tous sans discernement.
Lors d’une course intense, le corps utilise principalement le glycogĂšne, une forme de glucides stockĂ©s dans les muscles. Cependant, ces rĂ©serves sont limitĂ©es. Un apport rĂ©gulier en glucides est donc nĂ©cessaire pour maintenir la glycĂ©mie, retarder la fatigue et prĂ©server l’intensitĂ© de l’effort. Ă titre d’exemple, 120 grammes de glucides correspondent Ă environ 30 morceaux de sucre de 4 grammes, ce qui peut paraĂźtre choquant. Cependant, dans le cadre d’une compĂ©tition d’ultra-endurance, ces glucides sont rapidement consommĂ©s par l’organisme.
Les produits Ă©nergĂ©tiques utilisĂ©s par les coureurs contiennent souvent un mĂ©lange de glucose, maltodextrine et fructose. Cette combinaison permet d’optimiser l’absorption des glucides, mais nĂ©cessite un entraĂźnement digestif appropriĂ©. Copier les stratĂ©gies d’un athlĂšte professionnel peut mener Ă des effets indĂ©sirables tels que nausĂ©es et ballonnements, surtout si lâon nâest pas habituĂ© Ă ces apports.
Le Dr Herry insiste sur le fait que chaque coureur doit Ă©valuer ses propres besoins, en tenant compte de son Ăąge, de son niveau dâentraĂźnement et de son intensitĂ© de course. Un amateur qui termine une Ă©preuve en 35 heures nâa pas les mĂȘmes besoins quâun athlĂšte de haut niveau. Les apports excessifs peuvent dĂ©passer la capacitĂ© dâabsorption de lâintestin, entraĂźnant des troubles digestifs frĂ©quents. Ces dĂ©sagrĂ©ments ne sont pas seulement dus Ă une saturation glycĂ©mique, mais Ă un ensemble de facteurs, tels que la dĂ©shydratation et la chaleur.
Une Ă©tude a rĂ©vĂ©lĂ© que des apports de 90 grammes de glucides par heure pouvaient engendrer plus de symptĂŽmes digestifs que des apports de 76 grammes. La tolĂ©rance Ă ces apports varie donc dâun individu Ă lâautre, et il nâexiste pas de rĂšgle universelle.
En outre, aucune Ă©tude solide ne prouve que la consommation Ă©levĂ©e de glucides durant lâeffort engendre une rĂ©sistance Ă lâinsuline ou d’autres problĂšmes mĂ©taboliques. Le Dr Herry note quâil est essentiel d’Ă©viter de gĂ©nĂ©raliser les recommandations nutritionnelles. Les sportifs prĂ©sentant des antĂ©cĂ©dents familiaux de diabĂšte ou d’autres troubles doivent ĂȘtre particuliĂšrement vigilants et envisager un suivi mĂ©dical.
De plus, la rĂ©pĂ©tition des gels et boissons glucidiques peut favoriser les caries dentaires Ă cause de l’exposition prolongĂ©e au sucre. Pour limiter cet impact, il est conseillĂ© de maintenir une bonne hygiĂšne buccale et de veiller Ă une alimentation Ă©quilibrĂ©e au quotidien.
Pour optimiser leur tolĂ©rance, les athlĂštes peuvent s’engager dans un « gut training », en testant Ă lâentraĂźnement des apports similaires Ă ceux prĂ©vus lors des compĂ©titions. Cela leur permet dâajuster progressivement leurs quantitĂ©s de glucides et d’Ă©viter les dĂ©sagrĂ©ments digestifs pendant lâeffort.
Enfin, la stratĂ©gie nutritionnelle doit ĂȘtre individualisĂ©e. Les sportifs doivent travailler avec des professionnels de la santĂ© pour dĂ©velopper un programme adaptĂ© Ă leur niveau, Ă la durĂ©e de l’Ă©preuve et Ă leurs antĂ©cĂ©dents mĂ©dicaux. Lâobjectif ultime est dâidentifier la quantitĂ© minimale de glucides nĂ©cessaire pour soutenir la performance, tout en Ă©vitant les troubles digestifs.