La situation au Liban continue d’évoluer alors que la milice chiite Hezbollah se retrouve au cœur d’un conflit armé avec l’armée israélienne. Après un mois de frappes israéliennes, l’organisation semble paradoxalement capable de maintenir ses capacités opérationnelles, malgré des pertes humaines et matérielles significatives.
EN BREF
- Le Hezbollah maintient une certaine activité militaire malgré des pertes importantes.
- Les capacités opérationnelles de la milice restent actives, avec des estimations d’engagement allant jusqu’à 30 000 combattants.
- La stratégie du Hezbollah évolue vers une approche plus décentralisée et mobile face à l’armée israélienne.
À travers les témoignages de ses membres, on comprend que la motivation au sein des troupes du Hezbollah demeure intacte. Un combattant de 60 ans, qui a récemment perdu plusieurs camarades, évoque l’importance de continuer le combat malgré les adversités. La nuit du 31 mars, il s’apprête à rejoindre le sud du Liban, là où les affrontements sont les plus intenses.
Didier Leroy, chercheur à l’école royale militaire de Belgique, souligne le paradoxe de la situation : « Le Hezbollah n’a jamais été autant affaibli, mais il fait preuve d’une résilience impressionnante. » Les pertes humaines sont bien réelles, mais selon les experts, elles représentent seulement 5 à 10 % des forces armées du groupe. De manière inquiétante, il semble que la milice soit capable de se relever et de s’adapter, contrairement à d’autres groupes comme le Hamas.
Les chiffres concernant le nombre de combattants engagés dans les opérations contre l’armée israélienne varient. Hassan Nasrallah, ancien chef du Hezbollah, avait revendiqué un effectif de 100 000 hommes, mais des estimations récentes, comme celles de Nicholas Blanford, évaluent entre 25 000 et 30 000 combattants actifs sur le terrain. Ces hommes sont décrits comme bien entraînés et motivés, prêts à défendre leur position.
Le contexte géopolitique joue également un rôle crucial. La guerre actuelle est perçue comme existentielle, tant pour le régime iranien que pour le Hezbollah. Ce sentiment galvanise les troupes et renforce leur détermination à poursuivre le combat. Filippo Dionigi, spécialiste du Proche-Orient, souligne que ces moments de conflit sont idéaux pour le recrutement de nouveaux combattants.
Face à l’armée israélienne, le Hezbollah ne peut égaler les capacités aériennes de Tsahal, mais il ajuste ses stratégies en conséquence. La milice adopte des formations plus petites, ultra-mobiles et dispersées, inspirées des principes de guérilla, rendant les opérations israéliennes plus complexes. Didier Leroy précise que la logique du Hezbollah est défensive, cherchant à attirer les forces israéliennes dans des zones pièges.
L’objectif du Hezbollah est d’épuiser Israël, transformant le Sud-Liban en un véritable bourbier. Le général de brigade libanais Hassan Jouni confirme que le Hezbollah a changé de stratégie, passant d’une défense fixe à un modèle plus dynamique et adaptable. Cette transformation complique la tâche des troupes israéliennes, qui tentent de tester les capacités défensives de la milice.
En parallèle, le budget mensuel du Hezbollah, évalué à environ 50 millions de dollars, est principalement alimenté par l’Iran. Bien que ce soutien ait diminué, la milice a su développer une certaine autarcie économique, tirant parti de divers canaux de financement. Des mesures israéliennes, telles que la destruction d’infrastructures civiles comme les ponts au Liban, visent à affaiblir le Hezbollah, mais les experts estiment que ces actions ne suffiront pas à anéantir complètement les opérations de la milice.
Enfin, lors d’un récent discours, le chef actuel du Hezbollah, Naïm Qassem, a affirmé que le conflit actuel est « une bataille existentielle » et que « la reddition » n’est « pas une option ». Alors que le nombre de victimes continue d’augmenter, nombreux sont les Libanais qui critiquent le Hezbollah pour avoir entraîné le pays dans cette guerre dévastatrice.