Vous avez probablement dégusté des centaines de Chupa Chups sans jamais prêter attention à leur emballage. Pourtant, la célèbre marguerite qui orne chaque sucette est bien plus qu’un simple dessin. Elle est l’œuvre de Salvador Dalí, l’un des artistes les plus emblématiques du XXe siècle, réalisée dans des circonstances pour le moins inattendues.
EN BREF
- Le logo de Chupa Chups a été dessiné par Salvador Dalí en 1969.
- Dalí a imposé que le logo soit visible sur le dessus de chaque sucette.
- Le design original n’a presque pas changé depuis sa création.
Tout commence en Espagne, en 1958, lorsque l’homme d’affaires catalan Enric Bernat acquiert une petite entreprise de confiserie, la Granja Asturias. En observant les enfants se régaler de bonbons, Bernat réalise un problème : leurs mains finissent souvent collantes, ce qui déplaît aux parents. Sa solution est simple : proposer des bonbons sur un bâtonnet.
Dans un premier temps, Bernat nomme son invention « Gol », en référence au football, mais le succès n’est pas immédiat. Il doit donc trouver un nom plus accrocheur. C’est alors qu’une agence de publicité lui suggère le nom qui perdurera : Chupa Chups. Ce terme provient du verbe espagnol « chupar », qui signifie sucer, et évoque le bruit que fait une sucette lorsqu’on la retire de la bouche.
Malgré un bon départ, les sucettes sont initialement fabriquées à la main et vendues uniquement en Espagne. Toutefois, la demande croît si rapidement que Bernat automatise rapidement la production.
Une collaboration inattendue
En 1969, Bernat souhaite redynamiser l’image de sa marque pour conquérir le marché international. C’est à ce moment qu’il se tourne vers Salvador Dalí, qu’il connaît bien. Ce dernier est non seulement un artiste de renom, mais aussi un passionné de publicité et d’images marquantes.
La légende raconte qu’un jour, attablé à la terrasse d’un café, Dalí commence à dessiner frénétiquement sur les pages d’un vieux journal. En moins d’une heure, il présente à Bernat une esquisse d’une marguerite à huit pétales, avec le nom de la marque calligraphié au centre. Ce logo, à la fois simple et audacieux, est resté pratiquement inchangé depuis cette création.
Dalí ne s’arrête pas là : il impose une condition à Bernat. Le logo doit apparaître sur le dessus de la sucette, et non sur le côté. Cette stratégie astucieuse garantissait que l’emballage, une fois replié, affiche toujours la marguerite, visible pour le consommateur à chaque prise de la sucette.
Un design intemporel
Depuis cette époque, la marguerite de Dalí a voyagé aux quatre coins du monde sans perdre de sa fraîcheur. Chupa Chups s’est implanté en France, au Royaume-Uni, au Japon et aux États-Unis dans les années 1960, avant de conquérir des marchés comme la Russie, la Chine et le Mexique par la suite.
L’aspect le plus surprenant est que ce logo n’a quasiment jamais été retouché. Dans un monde où les marques changent d’identité visuelle tous les cinq à dix ans, la marguerite de Dalí a su traverser plus de cinquante ans sans subir de modifications majeures.
Ce contraste entre la simplicité d’une sucette vendue à quelques centimes et le statut d’artiste mondialement reconnu de Dalí est fascinant. On ignore combien il a été rémunéré pour cette heure de création, certains évoquent un simple geste d’amitié, d’autres une somme symbolique, mais aucun document officiel n’éclaire ce mystère.
Peu de marques peuvent se vanter d’avoir un logo dessiné par un artiste de cette envergure. Dans le même ordre d’idée, d’autres marques du quotidien cachent des histoires surprenantes que l’on ne soupçonne pas au premier abord. Par exemple, le K-Way, qui semble si français, a des origines italiennes.
En somme, la prochaine fois que vous ouvrirez un paquet de Chupa Chups, prenez un moment pour admirer cette marguerite qui, au-delà de son apparence, raconte une histoire fascinante d’art, de marketing et d’amitié.