Le 30 août 1904, un événement marquant du marathon olympique se déroule à Saint-Louis, dans le Missouri. Fred Lorz, un jeune homme de 20 ans, s’avance dans le stade, acclamé par la foule, après avoir bouclé la course en 3 heures et 13 minutes. Cependant, un scandale émerge rapidement : Lorz a effectué une partie du parcours en voiture. Cette anecdote n’est que la première d’une série de bizarreries qui jalonnent ce marathon. Le véritable vainqueur, Thomas Hicks, a lui aussi une histoire troublante et méconnue, tout comme Albert Corey, un coureur français dont le parcours ne sera révélé que des décennies plus tard.
EN BREF
- Fred Lorz est disqualifié après avoir roulé en voiture pendant la course.
- Thomas Hicks, le vrai vainqueur, utilise de la strychnine pour terminer l’épreuve.
- Albert Corey, un coureur français, est redécouvert 117 ans plus tard comme médaillé d’argent.
Pour mieux comprendre ce marathon, il est essentiel de replacer l’événement dans son contexte. En 1904, les Jeux olympiques se déroulent en même temps que l’Exposition universelle à Saint-Louis. L’organisation de la course, bien que symbolique de l’innovation américaine, semble archaïque. Trente-deux coureurs de sept pays prennent le départ, mais le parcours, long de 40 km, est semé d’embûches. La course débute à 15 heures, en plein milieu de la chaleur estivale, avec des températures atteignant 32 °C.
Les coureurs s’élancent à travers des routes de campagne non fermées, évitant les charrettes et les tramways, tandis que la poussière soulevée par les véhicules les rend vulnérables. De plus, James Edward Sullivan, l’organisateur, a décidé de ne placer qu’un seul point d’eau sur le parcours, testant ainsi les limites de la déshydratation volontaire.
Les conséquences sont immédiates : plusieurs coureurs abandonnent, fatigués et désorientés. John Lordan, champion du marathon de Boston, et Sam Mellor, en tête à mi-parcours, sont contraints d’abandonner. William Garcia est retrouvé inconscient, victime de la poussière.
Au cœur de ce chaos, Fred Lorz abandonne après 14,5 km. Son manager le fait monter dans une voiture, mais celle-ci tombe en panne après près de 18 km. Reposé, Lorz reprend la course et entre dans le stade en tête, prêt à recevoir la médaille d’or. La fête est de courte durée, car des spectateurs dénoncent sa tricherie. Face à l’indignation, Lorz admet avoir voulu faire une blague. L’Amateur Athletic Union ne prend pas cela à la légère et le suspend à vie, peine réduite à six mois après des excuses.
Le titre est alors attribué à Thomas Hicks, qui a terminé la course dans un état lamentable. Ses entraîneurs lui administrent des doses de strychnine, une substance toxique, pour stimuler ses performances. Halluciné et épuisé, Hicks est finalement porté jusqu’à la ligne d’arrivée. Son temps, 3 heures 28 minutes et 53 secondes, constitue le record du marathon olympique le plus lent. Il est suivi par Albert Corey, qui termine juste après, mais qui est officiellement enregistré comme Américain.
Albert Corey, né à Meursault, en Côte-d’Or, a un parcours atypique. Après avoir été militaire, il se retrouve à Chicago, où il fait ses preuves dans le monde de l’athlétisme. Présenté comme le seul Français dans cette édition des Jeux, il remporte la médaille d’argent, mais son histoire sombre dans l’oubli pendant plus d’un siècle.
Ce n’est qu’en 2021 que Clément Genty, un historien amateur, redécouvre le nom d’Albert Corey dans des archives. Le Comité international olympique (CIO) lui confirme qu’il est le seul participant français à ces Jeux. En conséquence, sa médaille d’argent est réattribuée à la France, bien que Corey ne l’ait jamais su. Sa carrière se termine tragiquement, et il décède à Paris en 1926, sans jamais avoir eu connaissance de son exploit olympique.
Ce marathon de 1904 témoigne de l’évolution du sport et de l’organisation des compétitions. De nombreuses pratiques aujourd’hui considérées comme inacceptables, comme l’usage de substances dopantes, faisaient alors partie intégrante de la course. Les leçons tirées de cet événement ont permis d’améliorer les normes de santé et de sécurité pour les athlètes.
Le marathon a bien changé depuis, mais il continue de susciter des histoires improbables. Les défis et les surprises demeurent au cœur de cet événement, comme en témoignent des anecdotes plus récentes. L’héritage de cet ancien marathon ne se limite pas seulement aux chiffres et aux résultats, mais englobe aussi l’esprit de compétition et les récits humains qui l’accompagnent.