Le ministre Laurent Nuñez affirme un lien entre la haine en ligne et l’assassinat de Samuel Paty

Au tribunal de Paris, un témoignage du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a suscité des réactions vives lors du procès des deux hommes accusés d’avoir incité à la haine contre Samuel Paty. Ce mercredi 25 février, M. Nuñez a déclaré avoir la « certitude » d’un lien de « causalité » entre la campagne de haine en ligne qui a visé l’enseignant et son assassinat survenu le 16 octobre 2020. Une position qui, pour la défense, représente un changement de pied significatif.

EN BREF

  • Laurent Nuñez établit un lien entre la campagne de haine et l’assassinat de Samuel Paty.
  • La défense dénonce un changement de témoignage du ministre, qualifié de variation indiscutable.
  • Les accusés, Sefrioui et Chnina, sont jugés pour leur rôle dans l’incitation à la violence.

Ces propos viennent compléter une première déposition où Laurent Nuñez, ancien coordinateur antiterroriste, avait initialement minimisé le risque encouru par une personne désignée publiquement comme ayant offensé le Prophète. À l’époque, il avait indiqué que cela ne « n’exposait pas nécessairement à un danger grave ». Ce retournement a été accueilli avec suspicion par les avocats des deux accusés, qui y voient une inconsistance dans le témoignage du ministre.

Dans son intervention de ce jour, Nuñez a précisé que la campagne orchestrée par Abdelhakim Sefrioui et Brahim Chnina avait « irréfutablement conduit » le terroriste à cibler Samuel Paty. Cette déclaration repose sur la conviction que les publications des deux accusés sont directement liées à l’assassinat, survenu après que l’enseignant a montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression.

Frank Berton, avocat de Brahim Chnina, a qualifié ce changement d’« inacceptable », arguant qu’il nécessitait un « procès-verbal de variation de témoin » pour faire état d’une potentielle manipulation du témoignage. En réponse, Vincent Brengarth, représentant Abdelhakim Sefrioui, a critiqué cette intervention gouvernementale, la qualifiant d’atteinte à l’impartialité et à la dignité des débats judiciaires.

Les réactions dans la salle d’audience témoignent d’une tension palpable. L’intervention de Laurent Nuñez, appuyée par un mail adressé à la présidente de la cour, semble avoir renforcé la conviction de la défense quant à une possible coercition politique sur le procès. « Est-ce à dire que M. Nuñez n’a pas compris la question initiale ? », a interpellé Brengarth, soulignant la gravité de la situation.

En 2024, la cour d’assises avait déjà condamné Sefrioui et Chnina à des peines de 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour leur rôle dans l’incitation à la violence qui a mené à l’assassinat de Samuel Paty. Ce contexte légal pèse lourdement sur les débats actuels, alors que la défense tente de remettre en question la solidité des preuves et des témoignages apportés.

Le procès se poursuit, et les implications de ces révélations ne sont pas à prendre à la légère. La question du lien entre discours de haine et actes violents demeure au cœur des préoccupations sociétales et judiciaires, alors que ce cas particulier soulève des interrogations sur la responsabilité des acteurs publics dans le climat de violence qui entoure la liberté d’expression.