Le Pakistan, acteur clé des négociations entre l’Iran et les États-Unis

Dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, le Pakistan émerge comme un intermédiaire inattendu dans les discussions entre l’Iran et les États-Unis. Traditionnellement, il revenait au Qatar de jouer ce rôle, mais ce dernier a choisi de se retirer de ces négociations. Le Pakistan, fort de ses liens historiques avec l’Iran et sa capacité à dialoguer avec Washington, pourrait ainsi jouer un rôle déterminant dans la désescalade de la situation.

EN BREF

  • Le Pakistan se positionne comme médiateur entre l’Iran et les États-Unis.
  • Les relations historiques et stratégiques entre le Pakistan et l’Iran favorisent ce rôle.
  • Des intérêts économiques et sécuritaires motivent l’engagement du Pakistan dans ce conflit.

Le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a récemment exprimé la volonté de son pays d’accueillir et de faciliter des pourparlers constructifs pour parvenir à un règlement global du conflit en cours. Cette déclaration, faite sur X, souligne l’importance que le Pakistan accorde à son rôle d’intermédiaire. Les relations entre le Pakistan et l’Iran sont anciennes, remontant à la reconnaissance mutuelle des deux pays dans les années 1940 et 1970, respectivement.

Les deux nations ont également une histoire de coopération, notamment lors de l’occupation soviétique de l’Afghanistan. Actuellement, le Pakistan joue un rôle essentiel en représentant les intérêts iraniens à Washington, étant donné l’absence d’une ambassade iranienne aux États-Unis.

Bien que les relations entre Islamabad et Téhéran aient connu des fluctuations, les deux pays partagent des intérêts communs cruciaux, notamment une frontière de 900 kilomètres. En outre, le Pakistan abrite une importante communauté chiite, qui compte près de 40 millions de personnes, soit environ 20 % de sa population. Cette communauté a largement exprimé son soutien à l’Iran, en particulier dans le cadre des récentes tensions avec les États-Unis.

La position unique du Pakistan, qui entretient de bonnes relations tant avec l’Iran qu’avec les États-Unis, en fait un acteur clé dans cette dynamique. Asif Durrani, ancien ambassadeur du Pakistan à Téhéran, a récemment souligné cette particularité, indiquant que le pays est le seul dans la région à maintenir des liens amicaux avec les deux puissances.

Le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, a également établi des relations personnelles avec des leaders américains, comme Donald Trump, ce qui renforce encore le rôle du Pakistan dans les négociations. Le maréchal Munir était présent lors de la visite de Shehbaz Sharif à Washington l’année dernière, où il a publiquement soutenu la candidature de Trump au prix Nobel de la paix.

Par ailleurs, le Pakistan bénéficie d’un réseau de relations stratégiques avec plusieurs pays. En 2025, Islamabad a signé un accord de défense mutuelle avec l’Arabie saoudite, et récemment, son ministre des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a rencontré ses homologues d’Arabie saoudite, de Turquie et d’Égypte pour discuter de la désescalade dans la région. Ce réseau de relations pourrait également renforcer la position du Pakistan dans le cadre des négociations actuelles.

Les motivations du Pakistan à s’impliquer dans ces négociations sont également liées à ses propres intérêts économiques. En raison de sa forte dépendance au pétrole importé, avec une grande partie transitant par le détroit d’Ormuz, le pays doit naviguer avec précaution dans ce contexte. En mars, une augmentation de 20 % des prix des carburants a été mise en place, entraînant des mesures pour atténuer les conséquences économiques sur sa population.

De plus, l’accord de défense avec l’Arabie saoudite pourrait entraîner le Pakistan dans le conflit si Riyad était attaqué. Le pays fait déjà face à des défis sécuritaires, étant en guerre avec l’Afghanistan et ayant connu des échanges de frappes avec l’Inde l’année précédente. En jouant un rôle actif dans ces négociations, le Pakistan cherche à accroître sa visibilité sur la scène internationale et à renforcer sa position stratégique.

En somme, le Pakistan, en tant qu’intermédiaire potentiel entre l’Iran et les États-Unis, s’affirme comme un acteur clé dans le paysage complexe du Moyen-Orient, alliant intérêts historiques, diplomatiques et économiques.