Le policier ayant tué Nahel Merzouk jugé pour violences, pas pour meurtre

La décision de la cour d’appel de Versailles, rendue le 5 mars 2023, suscite de vives controverses. Elle a ordonné que le policier ayant tué Nahel Merzouk, âgé de 17 ans, lors d’un contrôle routier à Nanterre, soit jugé pour violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, et non pour meurtre. Cette requalification des faits est au cœur des débats, tant sur le plan juridique que sociétal.

EN BREF

  • Le policier, Florian M., sera jugé pour violences, non pour meurtre.
  • La cour d’appel a estimé qu’il n’y avait pas d’intention homicide.
  • La décision suscite des réactions indignées, notamment de la part de la mère de Nahel.

Nahel Merzouk a perdu la vie le 27 juin 2023 lors d’un contrôle de police, un événement qui avait entraîné de nombreuses manifestations à travers la France, dénonçant les violences policières. La vidéo de son décès, captée à bout portant par le policier, avait circulé massivement sur les réseaux sociaux, alimentant ainsi la colère des citoyens et des mouvements de soutien.

La cour d’appel a justifié sa décision en indiquant que « Florian M. n’était pas animé de la volonté d’ôter la vie au conducteur ». Ce jugement s’oppose à celui des deux juges d’instruction qui avaient, en juin 2025, recommandé un renvoi devant la cour d’assises pour meurtre, en accord avec la position du parquet de Nanterre. Le policier a contesté cette décision, poussant la cour d’appel à se prononcer.

Dans son communiqué, la cour a également évoqué la possibilité que Florian M. ait agi sous l’effet de la peur, estimant qu’il pouvait croire que le véhicule de Nahel représentait une menace pour lui-même ou pour autrui. Cette interprétation a été critiquée par de nombreux avocats et défenseurs des droits qui y voient une tendance à protéger le corps policier.

Laurent-Franck Liénard, l’avocat du policier, a exprimé sa satisfaction en déclarant que « la cour a décidé qu’il n’y avait pas d’intention d’homicide ». Il a toutefois critiqué le fait que la cour n’ait pas prononcé un non-lieu, arguant que son client avait agi dans le cadre de ses fonctions. L’avocat a d’ores et déjà annoncé son intention de saisir la Cour de cassation.

À l’opposé, Me Frank Berton, représentant la mère de Nahel, a qualifié cette décision de « scandaleuse et honteuse ». Il a exprimé son indignation au nom de la famille et de tous les comités de soutien qui, jusqu’alors, avaient placé leur confiance dans le système judiciaire. Pour lui, cette requalification est une manière de « confisquer le débat » qui aurait dû avoir lieu devant une cour d’assises.

Le conseil de Mounia Merzouk, la mère de l’adolescent, a également critiqué cette décision, la considérant comme une protection accordée au policier. Il a affirmé que cette requalification ne relevait pas seulement du droit, mais aussi d’une dimension politique. Les tensions autour de cette affaire mettent en lumière un besoin urgent de réévaluation des pratiques policières et des mécanismes de justice en France.

Les réactions continuent d’affluer, et les implications de cette décision pourraient marquer une étape importante dans la lutte contre les violences policières et dans la perception de la justice par les citoyens. La question de l’intégrité du système judiciaire face à des cas aussi sensibles demeure plus que jamais d’actualité.