Chaque printemps, la France connaît une forte hausse de la consommation d’agneau, notamment à l’occasion de Pâques, qui aura lieu cette année le 5 avril, mais aussi durant les célébrations de Pessa’h et la fin du Ramadan. Cette demande accrue met à l’épreuve la filière française, souvent incapable d’y répondre seule. C’est pourquoi, les rayons des supermarchés accueillent de plus en plus de viande d’agneau néo-zélandais, dont le prix attire l’attention.
EN BREF
- Le kilo d’agneau néo-zélandais coûte moins de 10 euros, trois fois moins cher que le français.
- La France importe de l’agneau en raison d’une baisse de la production locale.
- La qualité de l’agneau néo-zélandais est reconnue, mais des questions subsistent sur son frais et son impact environnemental.
Actuellement, le kilo de gigot d’agneau néo-zélandais est proposé à moins de 10 euros, un tarif en forte opposition avec les 27 euros en moyenne pour le même produit d’origine française. Cette différence de prix soulève deux interrogations majeures : pourquoi la France doit-elle importer de l’agneau et pourquoi celui-ci est-il si abordable ?
Pour répondre à la première question, il faut rappeler que la viande d’agneau française est relativement chère, en particulier depuis l’année dernière. Selon Michèle Boudouin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO), le prix du gigot a augmenté de 34 % par rapport à 2024. Cependant, une légère baisse a été observée cette année, avec un prix moyen pondéré de 10,37 euros/kg, soit une diminution de 6 % par rapport à l’année précédente.
Malgré cette stabilisation, les prix restent élevés par rapport à ceux de 2024, où le kilo était évalué à environ 8,5 euros. Cette flambée des prix peut largement être attribuée à la crise sanitaire de la fièvre catarrhale ovine, qui a décimé de nombreux troupeaux en 2024, perturbant ainsi la production. Cette situation a eu des répercussions sur le marché, particulièrement autour de la période de Pâques.
Au-delà de cette crise, la tendance générale montre une diminution de la production ovine en France. Entre 2013 et 2023, le cheptel français a perdu 617 000 têtes, avec aujourd’hui environ 6,5 millions d’animaux. De ce fait, seulement 44 % de la viande ovine consommée en France en 2023 est d’origine française.
Pour satisfaire la demande, la France n’a d’autre choix que d’importer de l’agneau, principalement de la Nouvelle-Zélande, qui a vu sa part d’importation passer de 12 % en 2021 à 14 % en 2022. Ce pays, avec un cheptel ovin de 25 millions d’animaux pour seulement 5 millions d’habitants, peut offrir des prix très compétitifs.
Mais que dire de la qualité de cet agneau ? Michèle Boudouin affirme que sur le plan gustatif, l’agneau néo-zélandais est comparable à son homologue français. Cependant, il convient d’être vigilant quant à la fraîcheur de ces produits. En effet, pour être acheminés jusqu’à nous, les morceaux d’agneau sont d’abord découpés en Nouvelle-Zélande, puis plongés dans de l’azote liquide pour être conservés plusieurs mois. Ainsi, un agneau acheté en France en avril a été abattu en décembre ou janvier, alors que son pendant français est abattu seulement quelques jours avant sa commercialisation.
La question du prix se pose également : pour le consommateur, il est important de faire des choix éclairés. Les viandes d’agneau irlandaise ou britannique se situent souvent dans la même fourchette de prix que celles françaises, voire légèrement moins chères. Dans ce contexte, si vous souhaitez privilégier l’agneau français sans débourser jusqu’à 30 euros le kilo, considérez des morceaux moins coûteux comme l’épaule d’agneau, disponible aux alentours de 21 euros le kilo.
Face à ces enjeux, il est essentiel d’agir de manière responsable lors de l’achat de viande d’agneau. Les choix des consommateurs peuvent influencer la production locale tout en préservant l’environnement.