Le procès de la petite Inass Touloub, 39 ans après sa découverte tragique

Ce lundi 2 novembre 2024, s’ouvre devant la cour d’assises du Loir-et-Cher, à Blois, le procès de la mort d’Inass Touloub, une tragédie qui reste gravée dans les mémoires des Français. C’est un des plus vieux « cold cases » du pays, qui a longtemps laissé planer le mystère sur l’identité de cette petite fille, retrouvée sans vie en 1987, à l’âge de quatre ans. Son histoire, marquée par la violence et l’absence, va enfin connaître un dénouement judiciaire.

EN BREF

  • Le procès d’Inass Touloub débute 39 ans après sa découverte dans un fossé.
  • Sa mère, Halima El Bakhti, est accusée de torture, son père, Ahmed Touloub, de complicité.
  • Une avancée ADN en 2018 a permis d’identifier l’enfant et de relancer l’enquête.

Le 11 août 1987, dans le village de Suèvres, près de l’autoroute A10, deux agents autoroutiers font une découverte macabre : le corps d’une petite fille, portant de nombreuses marques de violence. Le mystère s’installe rapidement, car personne ne signale sa disparition. Sans famille identifiée, l’enfant devient tristement célèbre sous le nom de « petite martyre de l’A10 ». Pendant plus de trois décennies, son identité reste inconnue, jusqu’à ce qu’un prélèvement d’ADN en 2018 la relie à ses parents biologiques.

Cette avancée, qui a permis de relancer l’enquête, a été le fruit d’un travail minutieux des enquêteurs. En effet, un prélèvement génétique effectué sur le frère d’Inass, impliqué dans une autre affaire, a révélé une correspondance avec des échantillons recueillis sur les vêtements et la couverture enveloppant le corps de l’enfant. Grâce à cette découverte, Inass Touloub a enfin pu être identifiée, et ses parents, Halima El Bakhti et Ahmed Touloub, ont été interpellés en juin 2018.

Les accusations portées contre Halima El Bakhti, 72 ans, sont graves. Elle est inculpée de « torture et actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Son mari, Ahmed Touloub, âgé de 74 ans, fait face à des charges de « complicité ». Tous deux encourent la réclusion criminelle à perpétuité et, bien qu’ils aient nié les faits, ils se sont mutuellement accusés de violences conjugales lors de leur garde à vue.

Le parcours judiciaire de cette affaire a été long et complexe. Plusieurs recours ont été déposés, retardant l’ouverture du procès. Ce n’est qu’en septembre 2024 que la Cour de cassation a validé la mise en accusation des parents, ouvrant ainsi la voie à ce procès tant attendu. La mère est suspectée d’avoir infligé des violences « volontaires, nombreuses et échelonnées dans le temps », tandis que le père aurait eu connaissance des violences exercées par son épouse.

La petite Inass, si elle avait survécu, aurait aujourd’hui 43 ans. Son corps repose au cimetière de Suèvres, où les habitants continuent d’entretenir sa tombe, la fleurissant régulièrement. Ce geste témoigne de la mémoire collective envers cette enfant perdue, dont le destin tragique a marqué toute une génération. Le procès qui s’ouvre aujourd’hui ne vise pas seulement à rendre justice à Inass Touloub, mais aussi à apporter des réponses à une communauté encore sous le choc de cette tragédie.