Le secteur aérien face à une crise sans précédent après le conflit au Moyen-Orient

Près de six semaines après le début des hostilités au Moyen-Orient, le secteur du transport aérien subit un double choc : la flambée des coûts du carburant et une demande des clients en forte baisse. Ce double impact pourrait avoir des conséquences durables pour les compagnies aériennes du monde entier.

EN BREF

  • Flambée des prix du kérosène, atteignant plus de 1.800 dollars la tonne.
  • Augmentation des tarifs et suspension de vols par de nombreuses compagnies.
  • Impact négatif sur le pouvoir d’achat et les choix de destination des passagers.

La guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février, a mis à mal l’un des secteurs les plus stratégiques de l’économie mondiale. Après les frappes des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, le détroit d’Ormuz, par où transite une part significative du pétrole mondial, a été paralysé. Ce blocage a entraîné une augmentation démesurée des prix du kérosène, qui a fait un bond de 831 dollars la tonne à plus de 1.800 dollars début avril.

Paul Chiambaretto, professeur à la Montpellier Business School et spécialiste du secteur aérien, a déclaré que cette situation représente un choc sans précédent pour les compagnies aériennes, qui voient leurs coûts d’exploitation exploser. Le kérosène, qui représentait auparavant 25 à 30 % des coûts, pourrait désormais atteindre jusqu’à 45 % de ces mêmes coûts.

Répercussions sur les compagnies aériennes

Face à cette flambée des prix, de nombreuses compagnies aériennes ont été contraintes de réagir rapidement. Air France et KLM, par exemple, ont déjà augmenté leurs tarifs sur les vols long-courriers. Le groupe Lufthansa a quant à lui prolongé la suspension de tous ses vols vers le Moyen-Orient jusqu’à fin avril, avec des annulations possibles jusqu’à fin octobre pour certaines liaisons.

Les compagnies asiatiques, telles qu’Air China et Cathay Pacific, ont également annoncé des hausses de prix. Vietnam Airlines, de son côté, a suspendu une vingtaine de vols domestiques par semaine en raison de la crise du carburant.

Pascal de Izaguirre, président de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam), a exprimé ses inquiétudes quant à l’insuffisance des hausses tarifaires pour compenser la flambée des coûts. Les compagnies redoutent également un impact négatif si les augmentations devenaient trop abruptes pour les passagers.

Changements de comportement des passagers

Le climat d’incertitude créé par le conflit a également modifié les comportements des consommateurs. Michael O’Leary, le directeur général de Ryanair, a noté une tendance chez les passagers à éviter la région du Moyen-Orient, qui était autrefois une destination populaire. Au lieu de cela, les voyageurs se tournent vers des destinations plus sûres comme le Portugal, l’Espagne ou la France.

Les conséquences de cette situation ne se limitent pas aux seules compagnies aériennes. La flambée des prix du pétrole a également un impact sur le pouvoir d’achat des ménages, qui doivent faire face à des dépenses accrues pour l’essence. Cela pourrait entraîner une baisse des déplacements, tant professionnels que personnels, selon les experts.

Les « hubs » au Moyen-Orient en difficulté

Les aéroports des pays du Golfe, qui avaient auparavant bâti leur modèle économique sur des passagers en correspondance, rencontrent également d’importantes difficultés. Bien que certains aient rouvert, comme ceux de Dubaï et de Doha, leur capacité opérationnelle reste très inférieure à la normale. Avant le déclenchement du conflit, Dubaï était le deuxième aéroport mondial en termes de trafic passagers. Aujourd’hui, la quasi-paralysie de la région a provoqué un chaos dans l’aviation mondiale.

Les compagnies aériennes européennes et asiatiques, dotées d’avions long-courrier, tentent de renforcer leurs liaisons directes pour pallier la situation. Selon l’IATA, les compagnies du Golfe représentaient 9,5 % des capacités mondiales en sièges d’avion en 2025, un chiffre qui pourrait subir des révisions drastiques à la suite de cette crise.

Willie Walsh, le directeur général de l’IATA, a averti que la normalisation de l’approvisionnement en kérosène et une baisse des prix des hydrocarbures pourraient prendre plusieurs mois, même si le détroit d’Ormuz venait à rouvrir durablement. Les perturbations des capacités de raffinage pourraient compliquer davantage le retour à la normale dans le secteur aérien.