Ă seulement 22 ans, Lola a dĂ» faire face Ă une maladie neurologique rarissime, le syndrome de Kleine-Levin, qui lâa plongĂ©e dans des Ă©pisodes de sommeil extrĂȘme. Ce trouble affecte un trĂšs faible nombre de jeunes adultes, les rendant incapables de mener une vie normale pendant des pĂ©riodes prolongĂ©es.
EN BREF
- Lola souffre du syndrome de Kleine-Levin, touchant 5 personnes sur un million.
- Elle a vécu des crises de sommeil de 22 heures par jour, modifiant radicalement sa vie.
- AprĂšs des mois d’errance mĂ©dicale, sa mĂšre a identifiĂ© la maladie via des recherches en ligne.
La vie de Lola a basculĂ© Ă l’Ăąge de 16 ans, quelques jours aprĂšs une soirĂ©e entre amis. Elle se rĂ©veille en rĂ©alisant qu’elle dort plus de 22 heures par jour. Au dĂ©but, elle pense quâon lui a administrĂ© une drogue, un sentiment partagĂ© par ses proches et ses amis. « Jâai envoyĂ© un message Ă mes amis prĂ©sents Ă la soirĂ©e, je me disais que câĂ©tait pas normal », se souvient-elle.
Ce phĂ©nomĂšne nâest pas dĂ» Ă une substance, mais Ă un syndrome neurologique rare, souvent dĂ©signĂ© comme le « syndrome de la belle au bois dormant ». Ce trouble touche Ă peine 5 personnes pour un million d’habitants. Lola, alors en premiĂšre au lycĂ©e dans la campagne normande, se retrouve confrontĂ©e Ă des Ă©pisodes de fatigue extrĂȘme qui bouleversent son quotidien.
Des symptÎmes déconcertants
Durant ces crises, Lola ressent une fatigue Ă©crasante, se levant uniquement pour manger, avec une obsession inhabituelle pour la nourriture, notamment les sucreries, alors qu’elle avait toujours veillĂ© Ă son alimentation. « Je me sentais extrĂȘmement faible, comme si jâavais fait un marathon », explique-t-elle. Au fur et Ă mesure des crises, elle devient mĂ©connaissable, mĂȘme pour sa mĂšre, MĂ©lanie, qui remarque que le regard de sa fille devient vide. « CâĂ©tait flippant, on se rendait compte quâelle Ă©tait complĂštement dĂ©connectĂ©e de la rĂ©alitĂ© », raconte-t-elle.
ParallĂšlement aux crises de sommeil, Lola dĂ©crit des Ă©pisodes dâ« irrĂ©alitĂ© », oĂč elle se sent en dehors de son corps, comme si elle rĂȘvait. « Je me voyais faire des choses, mais ce nâĂ©tait pas moi », prĂ©cise-t-elle. Ces comportements dĂ©sinhibĂ©s sont caractĂ©ristiques des patients atteints du syndrome de Kleine-Levin, comme lâa confirmĂ© la neurologue Isabelle Arnulf.
Un long chemin vers le diagnostic
Suite Ă son premier Ă©pisode, les parents de Lola consultent leur mĂ©decin. Les rĂ©ponses sont vagues : fatigue extrĂȘme, dĂ©pression ou mononuclĂ©ose. EspĂ©rant que ce soit passager, ils la laissent rentrer chez eux. Cependant, une nouvelle crise survient quinze jours plus tard, et la situation ne s’amĂ©liore pas. Les mĂ©decins de lâhĂŽpital suggĂšrent Ă©galement une possible consommation de drogue.
« Nous sommes rentrĂ©s sans rĂ©ponse, sans prise de sang, sans mĂ©dicaments, rien », se souvient MĂ©lanie, dĂ©semparĂ©e. Lola, quant Ă elle, ne se souvient de rien aprĂšs ses crises, comme si tout cela n’Ă©tait qu’un mauvais rĂȘve. Ces Ă©pisodes rĂ©currents lui ont fait manquer des Ă©vĂ©nements importants, comme NoĂ«l et son baccalaurĂ©at de français, renforçant le sentiment dâimpuissance de sa famille.
MĂ©lanie, dĂ©terminĂ©e Ă comprendre ce qui arrive Ă sa fille, se lance dans des recherches sur Internet. Câest Ă ce moment quâelle dĂ©couvre des tĂ©moignages de personnes ayant des symptĂŽmes similaires. Elle identifie le syndrome de Kleine-Levin, une maladie si rare qu’elle est souvent mĂ©connue des mĂ©decins.
Vers une gestion de la maladie
Il nâexiste pas de traitement spĂ©cifique pour le syndrome de Kleine-Levin, hormis quelques options comme le lithium ou des corticoĂŻdes en pĂ©riode de crise. Ătant donnĂ© lâĂ©tat de santĂ© fragile de Lola, sa mĂšre se tourne vers un antidĂ©presseur qu’elle trouve sur internet. Ce choix, bien que controversĂ©, semble lui apporter un semblant de rĂ©pit.
Aujourd’hui, alors que Lola a retrouvĂ© une routine presque normale, elle doit toujours faire face Ă des restrictions. « Je nâai pas le droit Ă lâerreur, jâĂ©vite tout ce qui peut provoquer une crise : l’alcool, le stress, un mauvais rythme de sommeil », explique-t-elle. Sa vie, bien que plus stable, reste marquĂ©e par la vigilance constante.
La recherche sur le syndrome de Kleine-Levin est en cours, avec l’espoir dâidentifier des traitements plus efficaces et de mieux comprendre cette maladie complexe. Pour Lola, chaque jour est un dĂ©fi, mais elle avance avec courage et dĂ©termination, prĂȘte Ă affronter lâincertitude de demain.