Les menaces liées à l’islamisme ou à l’extrême droite sont souvent au cœur des préoccupations sécuritaires, mais un danger demeure largement ignoré : le terrorisme antiféministe. Ce phénomène, jugé « sous-estimé » et « sous-étudié », commence à attirer l’attention des institutions. Une commission sénatoriale en France se penche actuellement sur cette problématique, comme l’indique Tristan Boursier, docteur en sciences politiques et chercheur au Cevipof.
EN BREF
- Le terrorisme antiféministe est une menace croissante en France et au-delà.
- Des actes violents ont été récemment déjoués, révélant un risque réel.
- Les experts appellent à une meilleure prise en compte de cette menace sociétale.
Les actes de violence liés à cette idéologie ne sont pas réservés à des régions spécifiques. Par exemple, en juillet 2025, un projet d’attentat a été déjoué à Saint-Etienne, où un jeune homme de 18 ans, armé de deux couteaux, a été arrêté. De même, l’année précédente, un individu de 26 ans avait été appréhendé près de Bordeaux après avoir exprimé son admiration pour Elliot Rodger, un antiféministe tristement célèbre pour son acte meurtrier à Santa Barbara en 2014. Ces événements soulignent la nécessité d’un suivi attentif de ce type de menace.
Le Canada a été confronté à ce problème depuis plusieurs décennies, notamment avec l’attentat à l’école Polytechnique de Montréal en 1989, où 14 femmes ont perdu la vie. Les experts canadiens évoquent un « danger croissant » et citent plusieurs incidents récents, comme l’attaque au camion-bélier de Toronto en 2018, perpétrée par Alex Minassian, un homme se déclarant « incel », soit célibataire involontaire. Ce terme désigne un groupe masculin qui se sent marginalisé par la société et qui nourrit des ressentiments envers les femmes.
Tristan Boursier explique que le passage à l’acte des individus inspirés par des idéologies masculinistes est souvent plus difficile à anticiper. Cela s’explique par l’incapacité des services de sécurité à identifier les déclencheurs menant à ces actes. L’idéologie touche un public large et sa radicalisation est disparate, ce qui complique davantage la tâche des autorités.
La visibilité croissante de ces comportements est alarmante. Elle ne se limite pas à des cas isolés en Amérique du Nord, comme le montre les récents incidents en France. Des chercheurs, dont Stephanie Lamy, auteure de « La terreur masculiniste », soulignent que ces violences font écho à une certaine fascisation de la société. Ils relèvent que des figures influentes telles que Donald Trump et Elon Musk alimentent ce discours, ce qui en accentue les effets à l’échelle mondiale.
La montée des actes violents à connotation sexiste peut également être interprétée à travers la théorie du « backlash », qui suggère que les progrès en matière de droits des femmes provoquent une crise identitaire chez certains hommes. Ces mouvements, qui ont émergé dans les années 1980, sont souvent des réactions aux luttes féministes.
Les idéologies masculinistes se déclinent en divers courants, chacun véhiculant une vision particulière de la masculinité. Que ce soit les « incels » ou les « coaches en séduction », ces groupes se rejoignent dans une forme de suprémacisme masculin. Tristan Boursier souligne qu’il existe des convergences claires avec l’extrême droite, notamment en ce qui concerne leur aversion pour le féminisme.
Les similitudes entre les idéologies masculinistes et celles de l’extrême droite sont frappantes. Par exemple, chez les adeptes du lookisme, la haine ne se limite pas aux femmes, mais s’étend également aux étrangers et à d’autres groupes. Cette hiérarchisation des individus repose sur des croyances biologiques, facilitant une dérive vers des idéologies extrêmes.
La glorification des actes violents par des figures telles qu’Elliot Rodger crée un effet d’entraînement dangereux, incitant d’autres à passer à l’acte. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans cette diffusion, permettant aux messages de se propager rapidement au-delà des frontières.
Enfin, il est crucial de reconnaître que le terrorisme antiféministe peut se manifester sous diverses formes. Stephanie Lamy explique que des actes de violence motivés par une idéologie de domination masculine peuvent également se produire dans la sphère privée, comme dans le cas des féminicides. La récente affaire Cédric Prizzon, qui a mis en lumière les « papas en colère », a suscité des appels à une prise de conscience accrue, et le Haut Conseil à l’égalité a même évoqué la nécessité de considérer ces actes comme un « terrorisme misogyne ».
Face à cette menace grandissante, il est impératif que les autorités prennent des mesures pour l’étudier et la combattre, avant qu’il ne soit trop tard.