Les agriculteurs de Montalba-le-Château, rempart contre les incendies dans les Pyrénées-Orientales

Début juillet 2026, le village de Montalba-le-Château, situé dans les Pyrénées-Orientales, a miraculeusement échappé à un incendie dévastateur qui a ravagé 5 000 hectares dans la région. La ceinture verte entourant le village, composée de pâturages et d’arbres bien entretenus, a joué un rôle crucial dans la protection des habitations. Ce modèle de prévention, soutenu par des agriculteurs locaux, soulève des questions sur la gestion des terres et la nécessité d’un entretien systématique pour limiter le risque d’incendie.

EN BREF

  • Montalba-le-Château a échappé à l’incendie de Trévillach grâce à son entretien agricole.
  • Les agriculteurs jouent un rôle essentiel dans la création de ceintures vertes de protection.
  • Des projets de soutien à l’agriculture sont nécessaires pour maintenir ces efforts de prévention.

En arrivant à Montalba-le-Château, le contraste est saisissant. Alors que les paysages alentours sont calcinés, le village est préservé, grâce à des efforts locaux d’entretien des terres. Pierre Aris, agriculteur de la région, témoigne : « Il y a des amandiers, et là-bas, ce qui a le plus reçu, ce sont les oliviers. C’est propre, ça s’arrête. » Ces pratiques de débroussaillement ont été renforcées par l’intervention de l’Office national des forêts (ONF), qui a aidé les propriétaires à maintenir leurs terrains.

Marie Martinez, la maire de Montalba, souligne l’importance de la coopération avec l’ONF : « Toutes les maisons qui avaient fait leur obligation légale de débroussaillement ont été sauvées. » Cependant, cet entretien est un travail de longue haleine. L’élue s’inquiète de l’avenir de la gestion agricole dans la région, notamment avec le départ prochain à la retraite d’un éleveur local. « La bergerie est communale, donc j’espère bien trouver un éleveur pour le remplacer afin d’entretenir toutes les parcelles nécessaires, » indique-t-elle.

La préfecture des Pyrénées-Orientales a lancé un appel à candidatures pour que d’autres communes adoptent ce modèle de ceintures vertes. Pierre Aris exprime son scepticisme face à ces initiatives : « Notre préfecture nous fait de belles réunions, mais il ne se fait jamais rien. » Il déplore la réduction des surfaces cultivées, passant de 500 hectares à seulement 30 hectares, et s’inquiète des conséquences si les agriculteurs cessent leurs efforts : « Le jour où nous, on arrête, le feu arrive au village. »

Dans le massif des Aspres, Fabrice Llabour, éleveur de vaches et de brebis, participe à l’entretien de terrains appelés « coupures de feu ». Il explique que ses animaux nettoient ces zones en broutant les herbes hautes. « S’il n’y a pas eu de feu, c’est peut-être grâce à la coupure : mieux vaut prévenir que guérir, » souligne-t-il. Les coupures de combustible sont essentielles pour les pompiers, qui les utilisent comme lignes d’appui en cas d’incendie.

Cependant, l’entretien de ces surfaces est menacé par des facteurs économiques. Fabrice Llabour indique que les revenus liés à l’entretien des coupures ont diminué de manière significative. « Avant, cela rapportait 30 000 euros par an, maintenant c’est tombé à 10 000 euros. Ces terrains sont difficiles à travailler, en pente. » Carole Duperron, de la Société d’élevage des Pyrénées-Orientales, s’inquiète également de la perte de surfaces cultivées, avec une réduction de 70 % des hectares entretenus par les éleveurs en quelques années.

Pour contrer ces défis, des acteurs privés, comme Fabrice Rieu, président du syndicat du commerce des vins du Roussillon, envisagent de financer des projets de ceintures pare-feu agricoles. « On préfère qu’il y ait des gens qui vivent de leur travail comme les agriculteurs, qui entretiennent ces espaces tout autour, » affirme-t-il. Il propose même une rémunération de 1 500 euros l’hectare pour encourager l’entretien des terres, estimant que le coût de cette initiative est dérisoire par rapport aux dégâts causés par les incendies.

Dans un contexte où le risque d’incendie devient de plus en plus pressant, ces initiatives pourraient être un levier pour renforcer la résilience des zones rurales face aux catastrophes naturelles. La collaboration entre agriculteurs, autorités locales et acteurs privés est essentielle pour préserver non seulement les paysages, mais aussi les activités économiques qui en dépendent.