Les araignées au plafond : un piège naturel à insectes à préserver

Dans de nombreuses habitations, il n’est pas rare de lever les yeux et d’apercevoir une toile d’araignée accrochée au plafond. La réaction habituelle consiste à s’en débarrasser à l’aide d’un aspirateur. Cependant, nos aînés avaient une approche différente, conseillant souvent de garder ces toiles « jusqu’aux premiers froids ». Cette pratique, qui peut sembler anecdotique, cache en réalité des raisons bien plus significatives.

EN BREF

  • Les anciennes pratiques consistaient à conserver les toiles d’araignées pour piéger les insectes.
  • Les tégénaires mâles envahissent les maisons à l’automne pour se reproduire.
  • Les pholques, appelés « papa longues jambes », capturent des insectes volants, rendant la toile utile.

À la fin de l’été, l’apparition d’une « grosse araignée » dans le salon est souvent perçue comme un signe annonciateur du froid. Pourtant, cette observation est bien plus complexe qu’il n’y paraît. La toile que l’on observe au plafond et l’araignée qui s’y déplace racontent chacune une histoire distincte. D’un côté, il y a la romance des araignées, et de l’autre, un piège astucieux pour capturer les insectes volants.

Dans nos maisons, la « grosse » araignée d’automne est fréquemment une tégénaire mâle, de son nom scientifique Eratigena atrica. L’arrivée de l’automne coïncide avec sa maturité sexuelle, et comme l’indique la Ligue pour la protection des oiseaux, ces mâles pénètrent dans nos foyers en quête de partenaires. Ainsi, l’aranéologue Christine Rollard illustre bien cette situation en disant : « Il s’agit d’un Roméo à la recherche de sa Juliette ».

Les femelles, quant à elles, se cachent dans leurs toiles en forme d’entonnoir, souvent dissimulées dans des endroits sombres tels que les caves ou derrière des meubles. Les mâles, plus intrépides, parcourent les pièces à la recherche de leur dulcinée. Cette frénésie de mouvement dure généralement trois à quatre semaines, après quoi les mâles, épuisés, rencontrent souvent une fin tragique, tandis que les femelles se retirent pour pondre.

Il est essentiel de ne pas confondre ces araignées avec le pholque du plafond, ou Pholcus phalangioides, que l’on surnomme parfois « papa longues jambes ». Ce dernier se positionne tête en bas, attendant patiemment que des moustiques, drosophiles ou petites mouches se prennent dans sa toile. Il est même capable de capturer des araignées plus grandes, y compris les tégénaires, grâce à ses longues pattes.

Nos ancêtres avaient compris qu’une pièce arborant une toile de pholque active était moins sujette aux insectes volants. En gardant cette toile jusqu’aux premiers froids, ils préservaient un piège efficace durant la période où les insectes sont les plus nombreux. Une fois les nuits devenues fraîches et les mouches moins présentes, l’activité des araignées diminue, et leur toile perd peu à peu son efficacité.

Pour décider de la nécessité de conserver ou non une toile d’araignée, il est crucial de savoir identifier son occupant. L’araignée au corps fin et aux pattes délicates est généralement le pholque, tandis que la silhouette brune qui se déplace au sol est plutôt une tégénaire. Une autre confusion fréquente est celle du « faucheux » ou opilion, qui, bien qu’il ressemble à une araignée, ne tisse pas de toile.

La meilleure stratégie face à ces habitantes discrètes de nos maisons est souvent de composer avec elles. Pour un mâle tégénaire qui traverse le salon, un simple verre et une feuille suffisent pour le relâcher dans un garage ou une cave. En ce qui concerne le pholque, un site naturaliste belge le décrit comme « absolument innocent et inoffensif pour nous, mais un redoutable prédateur pour de nombreux petits insectes volants et autres araignées ».

En somme, la présence de ces araignées dans nos foyers peut être perçue comme un atout, un moyen naturel de réguler la population d’insectes. Plutôt que de les éliminer, pourquoi ne pas les laisser jouer leur rôle dans l’écosystème de notre maison ?