Les distributeurs pointent les marges excessives des multinationales agroalimentaires

Une étude récemment publiée met en lumière les marges nettes particulièrement élevées des multinationales qui approvisionnent la grande distribution. Selon cette analyse, ces grandes entreprises dégagent des marges « près de quatre fois plus élevées » que la moyenne de l’industrie agroalimentaire en France. Ce rapport, commandé par la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), arrive à un moment stratégique alors que s’ouvrent les négociations commerciales annuelles.

EN BREF

  • Les multinationales affichent des marges nettes de 13 % contre 3,5 % pour l’industrie agroalimentaire.
  • 94 % des bénéfices nets des multinationales ont été reversés aux actionnaires entre 2022 et 2025.
  • La FCD exige une reconnaissance des PME et une transparence sur les coûts agricoles.

Une étude révélatrice

Entre 2017 et 2025, les multinationales du secteur agroalimentaire ont enregistré une marge nette moyenne de 13 %. En comparaison, l’ensemble de l’industrie agroalimentaire française n’a affiché qu’une marge de 3,5 % entre 2018 et 2024. Ces chiffres, issus d’une étude menée par le cabinet Asterès, soulignent l’écart frappant entre les grandes entreprises et les petites et moyennes entreprises (PME) du secteur.

Judith Jiguet, directrice générale de la FCD, s’exprime sur cette situation : « On nous présente tout le temps le bloc industriel comme un ensemble plutôt homogène, mais nous observons bien que c’est un groupe totalement hétérogène. » Elle critique également la tendance des grandes entreprises à minimiser les difficultés rencontrées par les PME, en les utilisant comme bouclier pour justifier une absence d’investissement.

Des bénéfices pour les actionnaires

Un autre fait marquant de l’étude est que 94 % des résultats nets des multinationales ont été distribués aux actionnaires entre 2022 et 2025, une période marquée par une crise inflationniste. Les auteurs de l’étude notent que cette orientation vers la rémunération des actionnaires semble primer sur les investissements dans l’innovation ou l’amélioration des services.

Cette situation soulève des questions sur la responsabilité des grandes entreprises envers leurs partenaires commerciaux, notamment les distributeurs qui doivent faire face à une pression constante sur les prix. La FCD a déjà annoncé son intention de ne pas participer aux négociations commerciales tant que deux exigences fondamentales ne seront pas reconnues : un traitement différencié pour les PME et une transparence sur les coûts des matières premières agricoles.

Des négociations en vue

Les négociations commerciales, qui se déroulent chaque année entre le 1er décembre et le 1er mars, sont souvent décrites comme brutales. Ces discussions déterminent les prix en magasin, excluant les marques propres des distributeurs, ainsi que les produits frais tels que la viande et les fruits. Une réunion de préparation est prévue pour aujourd’hui, et la FCD semble déterminée à faire entendre sa voix.

Les multinationales, qui représentent près de 75 % des négociations commerciales en valeur, doivent faire face à des demandes croissantes de transparence et d’équité. La prise en compte des intérêts des PME sera sans aucun doute un sujet central lors des discussions à venir.

Alors que les distributeurs s’apprêtent à entrer en négociations, la question de la responsabilité des multinationales vis-à-vis des petites entreprises et de la transparence des coûts agricoles semble plus pertinente que jamais. Il sera intéressant de voir comment ces enjeux influenceront le paysage commercial dans les mois à venir.