Les effets du gaz lacrymogène sur les cycles menstruels : témoignages alarmants

Depuis le début des manifestations initiées par les lycéens en octobre, un phénomène inquiétant émerge : de nombreuses femmes rapportent des dérèglements de leur cycle menstruel après avoir été exposées au gaz lacrymogène. Ces témoignages, qui se multiplient sur les réseaux sociaux, soulèvent des questions cruciales sur les conséquences de cette arme souvent utilisée lors des manifestations.

EN BREF

  • Plus de 750 témoignages d’effets menstruels après exposition au gaz lacrymogène.
  • Le collectif Lacrymo de sang appelle à des études sur ces effets sur la santé gynécologique.
  • Les militants dénoncent le manque d’attention porté à ces conséquences dans la gestion des manifestations.

Parmi les récits recueillis, des femmes évoquent des douleurs menstruelles accentuées, des saignements anormaux et des règles précoces. « Je me suis fait gazer et depuis j’ai mal comme si j’avais mes règles », témoigne une manifestante. Un autre récit indique : « Gazée hier après-midi, le soir même : règles, crampes utérines, aujourd’hui crampes horribles ; j’ai l’endométriose, c’est une cata. » Ces expériences partagées sont désormais réunies par le collectif Lacrymo de sang, qui cherche à alerter sur ces effets potentiels du gaz lacrymogène sur les cycles menstruels.

Les inquiétudes du collectif ne sont pas infondées. Selon Eva Luna Tholance, fondatrice de Lacrymo de sang et auteure d’une enquête sur le sujet, l’exposition au gaz lacrymogène pourrait perturber les cycles menstruels, et dans certains cas, entraîner des fausses couches. Ce constat s’appuie sur des témoignages directs de personnes ayant subi ces effets après des manifestations, mais aussi sur des études antérieures qui relèvent des symptômes similaires dans d’autres contextes de manifestations à l’échelle internationale.

Dans un temps record, le collectif a reçu plus de 750 témoignages. Parmi ceux-ci, une majorité d’individus rapporte des douleurs menstruelles intenses, accompagnées ou non de saignements. Certaines personnes mentionnent même des saignements hémorragiques en dehors de leurs périodes habituelles, les poussant à utiliser deux fois plus de protections hygiéniques qu’en temps normal. Une minorité évoque également des arrêts de grossesse, ajoutant une dimension alarmante à cette situation.

Ce phénomène ne semble pas être un simple hasard. Une étude réalisée par la revue scientifique Frontiers in Epidemiology à la suite des manifestations consécutives à l’assassinat de George Floyd révèle que parmi 1 276 participantes, 69 % rapportent des crampes utérines, 55 % des règles précoces et 30 % une sensibilité mammaire. Ces chiffres soulignent l’ampleur des symptômes ressentis par les femmes exposées à ce type de gaz.

« Il n’existe aujourd’hui aucune corrélation entre exposition au gaz et santé gynécologique », s’indigne Eva-Luna Tholance. Pourtant, son inquiétude se fonde sur des décennies de témoignages provenant de pays ayant connu des mouvements sociaux similaires, tels que le Chili, la Corée, la Palestine et Bahreïn. Chaque témoignage construit un tableau de souffrances souvent ignoré par les autorités.

Les militants formulent une hypothèse sur les mécanismes derrière ces symptômes. Lors de l’inhalation du gaz, celui-ci se métabolise en cyanure, ce qui pourrait entraîner un manque d’oxygène dans le sang. Cette insuffisance pourrait alors provoquer des douleurs menstruelles ainsi que d’autres symptômes comme la sensibilité mammaire ou des retards de règles. La complexité de ces effets souligne l’urgence d’une recherche approfondie sur le sujet.

Les effets immédiats du gaz lacrymogène sont bien documentés : irritations respiratoires, toux, et autres symptômes. Cependant, les douleurs menstruelles, qui peuvent être handicapantes, laissent envisager un frein à la liberté de manifester pour certaines femmes. « Certaines ont exprimé le souhait de ne plus manifester à cause de ces douleurs », souligne Eva-Luna Tholance. Cette réalité pose une question fondamentale sur la prise en compte des corps menstrués et des femmes enceintes dans le cadre de l’utilisation de telles armes.

En somme, la situation actuelle appelle à une réflexion urgente et à des actions concrètes pour protéger la santé des manifestantes. Le gaz lacrymogène, qualifié d’« arme indiscriminante », soulève des enjeux de santé publique qui méritent une attention immédiate de la part des autorités compétentes.