Les épices, bien plus que de simples rehausseurs de goût, sont reconnues pour leurs nombreux bienfaits sur la santé. Le Dr Baptiste Mazas, endocrinologue et nutritionniste à l’Hôpital européen Georges Pompidou à Paris, partage son expertise sur l’impact positif des épices dans notre alimentation quotidienne.
EN BREF
- Les épices contribuent à la prévention de l’hypertension et du surpoids.
- Elles sont riches en polyphénols, substances aux propriétés anti-inflammatoires.
- Une utilisation modérée est conseillée pour éviter les désagréments digestifs.
La popularité croissante des cuisines du monde, telles que la cuisine indienne ou thaïlandaise, a favorisé l’utilisation des épices dans nos plats. Selon Sandrine Doppler, experte en prospective alimentaire, cette tendance est également alimentée par des émissions culinaires qui mettent en avant les épices comme des éléments créatifs de la cuisine. Les réseaux sociaux et les recettes partagées renforcent cette dynamique, en intégrant les épices dans un univers de bien-être et de plaisir culinaire.
Le Dr Mazas souligne que les épices sont souvent utilisées comme remèdes dans les médecines traditionnelles, notamment indienne et chinoise. Elles permettent de diminuer l’apport en sel et en sucre, tout en réduisant l’utilisation de matières grasses. Ces techniques culinaires aident à prévenir des conditions telles que l’hypertension artérielle, l’hypercholestérolémie et le surpoids, qui sont des facteurs de risque pour les maladies cardiovasculaires.
Des études montrent que le gingembre, consommé à hauteur d’au moins 1 gramme par jour, peut réduire les niveaux de LDL-cholestérol et de triglycérides de 5 à 10 %. La cannelle, quant à elle, a démontré des effets bénéfiques sur la glycémie postprandiale, avec des doses variant entre 1 et 6 grammes par jour.
En phytothérapie, des épices comme la cardamome, le cumin et le fenouil sont traditionnellement utilisées pour apaiser des troubles digestifs, tels que les ballonnements et les brûlures d’estomac. Le Dr Mazas précise que ces épices possèdent des effets antispasmodiques. Bien que des idées reçues aient longtemps associé les épices piquantes à l’apparition d’ulcères gastriques, il est désormais reconnu qu’elles ne sont pas responsables, même si leur consommation doit être modérée en cas de reflux gastro-œsophagien.
Le gingérol du gingembre et la curcumine du curcuma ont des effets anti-inflammatoires prouvés, et des études ont révélé que le curcuma peut rivaliser avec certains médicaments anti-douleurs pour soulager l’arthrose. Cependant, son efficacité n’est pas toujours prouvée pour d’autres maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde.
Pour garantir la qualité des épices, il est conseillé d’acheter des quantités réduites et de les conserver dans des contenants hermétiques, à l’abri de la chaleur et de la lumière. Par ailleurs, la curcumine est mieux assimilée en présence de pipérine, un composé du poivre, ce qui souligne l’importance de combiner les épices dans nos plats.
Les boissons comme le golden latte, à base de curcuma, et la ginger beer, infusion de gingembre fermentée, connaissent une popularité croissante. Toutefois, il est recommandé de ne pas dépasser un verre de ces boissons sucrées par jour.
Il est essentiel de prendre conscience que si la consommation quotidienne d’épices peut être bénéfique pour la santé, elles ne doivent pas remplacer un traitement médical en cas de maladies déclarées. Les doses nécessaires pour obtenir des effets bénéfiques peuvent souvent dépasser celles que l’on ingère habituellement dans nos plats.
Enfin, le Dr Mazas met en garde contre la consommation d’épices sous forme de compléments alimentaires, car leur dosage peut varier et entraîner des risques pour la santé. En 2022, l’Anses a alerté sur des cas d’hépatite liés à des excès de curcumine dans des compléments alimentaires.
En intégrant judicieusement les épices dans votre alimentation, vous pourrez non seulement éveiller vos papilles mais aussi prendre soin de votre santé.