Dans un contexte économique incertain, de nombreux jeunes couples en Chine hésitent à agrandir leur famille. Zhang Xiaofei, 32 ans, et son époux Zhu Yunfei, 36 ans, en sont un parfait exemple. Dans leur appartement de Langfang, en périphérie de Pékin, ils se concentrent sur leur sécurité financière avant de penser à avoir des enfants. Leur récente paternité, avec la naissance de leur fille de trois semaines, a été facilitée par une allocation gouvernementale, pourtant insuffisante pour répondre à leurs besoins.
EN BREF
- Les jeunes couples chinois retardent l’arrivée des enfants à cause du coût de la vie.
- Une nouvelle allocation de 3.600 yuans par enfant n’est pas jugée suffisante.
- Le taux de natalité en Chine a atteint son niveau le plus bas depuis 1949.
Zhang explique que, même si leurs parents n’ont pas eu une vie facile, elle et son mari ont décidé de privilégier leur carrière avant d’envisager la parentalité. « Si nous avons un enfant, il faut lui offrir la meilleure vie possible », précise-t-elle.
Ce dilemme entre carrière et parentalité se reflète dans les données démographiques du pays. Le taux de natalité en Chine a chuté à un niveau alarmant, atteignant son plus bas historique en 2025, et la population continue de diminuer. Selon les prévisions des experts, celle-ci pourrait passer de 1,4 milliard aujourd’hui à 633 millions d’ici 2100.
Des mesures gouvernementales insuffisantes
Pour contrer cette tendance, le gouvernement chinois a lancé plusieurs initiatives. Le 15ème Plan quinquennal, récemment présenté, met l’accent sur la nécessité de créer une « société favorable aux naissances ». Parmi les mesures envisagées figurent la couverture des soins liés à la maternité, la réduction des coûts éducatifs, ainsi que des incitations financières.
En 2025, le gouvernement a introduit la gratuité de la prise en charge préscolaire et propose une prime annuelle de 3.600 yuans, équivalent à environ 449 euros, par enfant. Ces initiatives ont conduit à des dépenses gouvernementales de 100 milliards de yuans, soit environ 12,48 milliards d’euros, versées à près de 33 millions de familles.
Cependant, ces aides sont souvent perçues comme dérisoires. Zhu Yunfei souligne qu’avec un loyer de 6.000 yuans (748 euros) par mois à Pékin, cette prime ne couvre même pas leurs dépenses annuelles en lait infantile. « Les gens plaisantent en disant que c’est comme recevoir un bon d’achat de cinq yuans pour une Rolls-Royce », déclare-t-il. Ce sentiment est partagé par de nombreux couples, comme Li, futur papa de 35 ans, qui envisage de prendre un deuxième emploi pour faire face aux coûts liés à l’arrivée de son enfant.
Les facteurs psychologiques en jeu
Les enjeux financiers ne sont pas les seuls obstacles à la parentalité. La démographe Yun Zhou, enseignante à l’Université du Michigan, souligne que la discrimination sexiste sur le marché du travail dissuade de nombreuses femmes de devenir mères. « Elles pensent que la maternité est incompatible avec le succès professionnel », explique-t-elle. Cette réalité complexe pousse de nombreuses jeunes femmes à retarder, voire à renoncer, à avoir des enfants.
Yuan Limei, une mère de deux enfants de 30 ans, partage son expérience. « Élever un enfant devient de plus en plus difficile à mesure qu’il grandit », dit-elle, tout en se remémorant les dépenses élevées liées à l’éducation. Avec un aîné de 10 ans et un plus jeune de 6 ans, elle ne se voit pas envisager un troisième enfant. « C’est plus difficile d’élever un enfant qu’un chien ou un chat », plaisante-t-elle, soulignant les défis quotidiens auxquels font face les parents en Chine aujourd’hui.
Les jeunes Chinois, face à une pression financière croissante et des attentes élevées concernant l’éducation et le bien-être de leurs enfants, se retrouvent dans une situation délicate. Le gouvernement doit donc trouver des solutions plus adaptées pour encourager la natalité et soutenir les familles, sans quoi la tendance démographique pourrait s’aggraver.