Les livreurs de repas obtiennent une revalorisation salariale significative en France

Les livreurs de repas à domicile ont remporté une victoire importante dans leur lutte pour de meilleures conditions de travail. Ce vendredi, un nouvel accord a été signé avec les plateformes de livraison, dont Uber Eats et Deliveroo, entraînant une hausse substantielle de leur revenu minimal horaire, qui passe désormais à 19 euros brut.

EN BREF

  • Le revenu minimal horaire des livreurs passe à 19 euros brut.
  • L’accord prévoit une évaluation hebdomadaire des revenus, plus favorable pour les livreurs.
  • Des discussions se poursuivent sur la rémunération basée sur les kilomètres parcourus.

Cette revalorisation salariale survient dans un contexte de débat intense sur les conditions de travail des livreurs, souvent considérés comme des travailleurs indépendants sans véritable protection. En 2023, un premier accord avait établi un revenu minimal horaire de 11,75 euros brut, mais la situation économique et l’inflation ont rendu cette somme insuffisante.

Selon un rapport publié par l’autorité de régulation du secteur (Arpe), le taux horaire brut des livreurs avait chuté de manière alarmante entre 2021 et 2024. Uber Eats a enregistré une baisse de 34,2 %, Deliveroo de 22,7 % et Stuart de 26,6 %, impactés par une inflation galopante.

La signature de l’avenant à l’accord de 2023 représente une avancée majeure, comme l’a souligné Joël Blondel, directeur général de l’Arpe. Il a affirmé que cet engagement marque une étape essentielle vers la mise en place de garanties collectives adaptées aux réalités des travailleurs de plateformes.

Bastien Pahus, directeur général France d’Uber Eats, a quant à lui qualifié cet accord d’« investissement inédit » pour sécuriser les revenus des livreurs, avec une somme estimée à 50 millions d’euros par an. Melvina Sarfati El Grably, directrice générale de Deliveroo, a également salué le dialogue social dans le secteur comme un moteur d’avancées.

Malgré ces progrès, certains syndicats, comme Union-Indépendants, restent vigilants. Fabian Tosolini, un représentant, a déclaré que bien que cet accord soit un pas dans la bonne direction, il reste encore beaucoup à faire. Il a plaidé pour une rémunération « horo-kilométrique », qui prendrait en compte le temps d’attente et les distances réellement parcourues. Actuellement, le revenu minimal est calculé uniquement sur la période entre l’acceptation de la commande et sa livraison.

Une autre avancée majeure de cet avenant est la réévaluation de la garantie de rémunération sur une base hebdomadaire, qui est plus avantageuse pour les livreurs, contrairement à l’ancien calcul mensuel. Cela permettra une rémunération plus régulière et moins sujette aux variations mensuelles.

De plus, les pourboires, qui étaient précédemment inclus dans le calcul des revenus, en sont désormais exclus, ce qui pourrait inciter à une meilleure transparence des revenus. L’avenant prévoit également une clause de réexamen annuel du montant de la rémunération, susceptible d’être ajusté en cas d’événements exceptionnels tels qu’une inflation accrue.

Parallèlement, des discussions sont en cours concernant la santé et la sécurité des livreurs, ainsi que la gestion des désactivations de comptes par les plateformes. Ces mesures, souvent jugées brutales par les syndicats, surviennent lorsque les plateformes suspectent une fraude.

En France et en Europe, le débat sur le statut des livreurs de repas met en lumière les enjeux de l’« ubérisation » du travail. Les syndicats, ONG et associations de livreurs dénoncent des conditions de travail précaires et dangereuses, souvent sans compensation adéquate.

Face aux vagues de chaleur, Uber Eats et Deliveroo ont annoncé la suspension des commandes durant les heures les plus chaudes, entre 14h et 18h, dans certaines régions françaises. Cette décision vise à protéger les livreurs, particulièrement vulnérables aux conditions climatiques extrêmes.

Enfin, l’Union européenne a adopté une législation fin 2024 pour renforcer les droits des travailleurs des plateformes, prévoyant la requalification de nombreux livreurs en tant que salariés. La France doit transcrire cette législation dans son droit national avant le 2 décembre prochain.

Ces évolutions témoignent d’une volonté croissante d’améliorer les conditions de travail des livreurs de repas, mais la route reste encore longue pour atteindre une équité complète dans ce secteur en pleine mutation.