Les lunettes d’Emmanuel Macron : une fabrication pas si française ?

Depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron attire l’attention avec ses lunettes de soleil, un modèle de la marque française Henry Jullien. Portées en raison d’une hémorragie conjonctivale à l’œil droit, ces lunettes ont été présentées comme étant « made in France ». Cependant, des révélations récemment publiées par ICI Besançon et Franceinfo jettent le doute sur cette affirmation.

EN BREF

  • Emmanuel Macron porte des lunettes de la marque Henry Jullien, présentées comme françaises.
  • Des témoignages affirment que la production ne serait pas locale, mais probablement italienne ou asiatique.
  • Des anciens employés dénoncent une délocalisation progressive de la fabrication.

Le 20 janvier dernier, lors de son intervention au Forum économique de Davos, Emmanuel Macron a fait sensation avec ses lunettes bleuâtres, un accessoire devenu indispensable en raison de son état de santé. Le président, qui ne s’est pas séparé de ce modèle au style aviateur, a involontairement mis en avant la marque Henry Jullien. Bien que celle-ci revendique une fabrication française, des témoignages contradictoires remettent en question cette affirmation.

Le prix de ces lunettes, s’élevant à 659 euros, soulève également des interrogations. Selon Julien Forestier, président du syndicat des lunetiers du Jura, la monture ne serait pas fabriquée dans le Jura comme annoncé. Il a déclaré : « Ces personnes se servent d’une notoriété ancestrale de la fabrication de lunettes dans le Jura et en réalité vont faire certainement fabriquer au mieux en Italie, au pire en Asie. » Ces propos soulignent les doutes quant à la véracité des origines des produits proposés par Henry Jullien.

De son côté, Jean-Yves Ravier, le maire de Lons-le-Saunier, a exprimé son souhait de relocaliser la production. Il a affirmé que « quand on parle de ‘made in France’, c’est bien de racheter une marque, mais c’est bien aussi que ce soit fabriqué en France ». Cela reflète une préoccupation croissante au sujet de la préservation des savoir-faire locaux et des emplois liés à l’industrie de la lunetterie.

Malgré ces critiques, Stefano Fulchir, le PDG de la société, a réagi en précisant que les lunettes portées par le président avaient été fabriquées à Lons-le-Saunier. Il a également mentionné qu’une dizaine de salariés travaillent toujours dans le Jura, tout en assumant que la production est désormais partagée entre la France et l’Italie, ce qui pourrait expliquer la confusion sur le label « made in France ».

Les témoignages d’anciens salariés complètent ce tableau. Florence Bernard, qui a travaillé pour Henry Jullien pendant plus de trois décennies, a souligné qu’en 2023, la situation a évolué avec le rachat de l’entreprise par un groupe italien. Elle a révélé que les plans de fabrication des lunettes auraient été transférés en Italie, ce qui a conduit à des licenciements pour insuffisance professionnelle. Cette situation a été vécue par plusieurs anciens employés, qui ont décidé de porter l’affaire devant les prud’hommes.

Au-delà des simples lunettes, cette affaire soulève des questions plus larges sur l’authenticité des produits dits « made in France » et sur l’avenir de l’industrie française de la lunetterie. Alors que la notoriété de la marque se construit sur un savoir-faire ancestral, la réalité de la production semble s’éloigner de ce discours, mettant en lumière les enjeux économiques et identitaires liés à la fabrication locale.