La hausse des prix du gazole, qui a atteint des sommets en raison de la guerre en Iran, met en péril l’activité des pêcheurs français. Face à cette situation alarmante, les professionnels de la mer appellent à des mesures d’urgence pour protéger leur filière.
EN BREF
- Le prix du gazole a augmenté de 60 à près de 90 centimes en 10 jours.
- Les pêcheurs réclament des aides financières pour éviter l’arrêt de leurs activités.
- Des mesures d’urgence sont demandées par le comité national des pêches.
David Le Quintrec, fileyeur et patron de l’Union française des pêcheurs artisans (UFPA), exprime son inquiétude face à la flambée des prix du gazole, qui est désormais « critique » pour leur activité. Mercredi, alors qu’il déchargeait des soles et des bars sur le port de Lorient, il a constaté que le prix du carburant avait grimpé de manière vertigineuse, passant de 60 centimes à près de 90 centimes le litre en seulement dix jours, à la suite des tensions géopolitiques.
Cette augmentation des coûts de carburant a des répercussions immédiates sur les pratiques des pêcheurs. Pour faire face à la hausse des charges, M. Le Quintrec a réduit la distance de ses sorties en mer, un choix difficile mais nécessaire pour limiter la consommation de gazole.
Jérôme Nicol, directeur d’exploitation de l’Armement de la pêche artisanale de Keroman (Apak), partage cette angoisse. Selon lui, si le prix du gazole atteint un euro le litre, les chalutiers de son armement resteront à quai. « Pour des bateaux consommant plus d’une tonne de carburant par jour, c’est plusieurs centaines d’euros de coûts supplémentaires », explique-t-il, soulignant que la rentabilité est désormais un objectif inatteignable.
Christophe Collin, directeur de l’Armement bigouden, abonde dans son sens en déclarant que la hausse des prix les a placés dans une situation critique. « Nous travaillons à perte », confie-t-il, ajoutant que les pêcheurs ne peuvent pas répercuter ces hausses de coûts sur les prix de vente de leurs produits, qui sont fixés lors des enchères à la criée.
Stéphane Pochic, responsable d’un armement de six chalutiers côtiers à Loctudy, qualifie la situation de « désastreuse ». « Ça nous plombe complètement, ça nous met à plat », affirme-t-il, témoignant de l’angoisse croissante qui règne parmi les pêcheurs.
Pour maintenir leur activité, les professionnels de la mer exigent des aides financières, tant de l’État que de l’Union européenne. Le comité national des pêches a lancé un cri d’alarme, demandant des « mesures d’urgence » pour faire face à une augmentation des coûts qu’ils jugent « impossible à absorber ».
Cette crise survient à un moment déjà délicat pour le secteur de la pêche, qui a peiné à retrouver son équilibre économique après les chocs liés au Brexit, à la pandémie de Covid-19 et à la guerre en Ukraine. En mars 2022, le gouvernement avait accordé une aide exceptionnelle de 35 centimes par litre de gazole, mais les pêcheurs estiment que des mesures plus substantielles sont désormais nécessaires.
Pour alléger la pression économique, M. Le Quintrec propose un plafonnement du prix du gazole autour de 60 centimes le litre, ainsi qu’une augmentation des taxes sur les poissons importés pour renforcer la compétitivité de la pêche française. De son côté, Maël de Calan, président du conseil départemental du Finistère, a écrit à la ministre de la Mer, Catherine Chabaud, pour demander la restauration immédiate d’un mécanisme d’aide au carburant, afin d’éviter la disparition progressive de la flotte de pêche.
Le ministère de la Mer a indiqué qu’il suivait la situation de près, tandis que Mme Chabaud a rencontré les représentants des pêcheurs pour discuter des solutions possibles. Une réunion est également prévue à Bercy avec Maud Brégeon, ministre déléguée à l’Énergie, pour aborder cette situation préoccupante.
Les pêcheurs, dont la survie dépend de leur capacité à naviguer sur des mers de plus en plus incertaines, attendent des réponses rapides et efficaces pour sortir de cette crise. En attendant, ils continuent de pêcher, mais avec un poids lourd sur les épaules, celui de la hausse des coûts qui menace leur existence même.