Une étude récente réalisée par l’Ifop pour JOYclub révèle que près d’une jeune femme sur trois en France a déjà expérimenté des pratiques sexuelles dites « hard », telles que l’étranglement ou le bâillonnement. Ce chiffre interpelle et soulève des questions sur l’évolution des normes sexuelles parmi les jeunes générations.
EN BREF
- 28 % des jeunes femmes déclarent avoir déjà été étranglées ou bâillonnées.
- La culture populaire contribue à la normalisation de ces pratiques.
- Des jeunes éprouvent des difficultés à exprimer leurs désirs sexuels.
Selon l’étude, 61 % des femmes âgées de 20 à 29 ans ont rapporté avoir été giflées, fessées, griffées, mordues ou soumises à des tirages de cheveux par leurs partenaires. Parmi celles-ci, 37 % affirment avoir été étranglées ou bâillonnées, ce qui témoigne d’un intérêt croissant pour des pratiques jugées « extrêmes ». Daria Sobocinska, sociologue, souligne toutefois que les résultats de ce type d’étude peuvent varier considérablement selon les formulations et le public interrogé.
La perception sociale des pratiques sexuelles a évolué au fil des décennies. Dans les années 1950, des enquêtes avaient révélé que des actes comme la fellation suscitaient un grand scandale, alors que ces pratiques sont aujourd’hui largement acceptées. Le regard sur les pratiques sexuelles « hard » pourrait également changer, comme le suggère Gwen Ecalle, sexologue, qui note que le répertoire BDSM ne se limite plus aux communautés marginales. Des œuvres comme Cinquante Nuances de Grey et l’essor de la dark romance influencent les jeunes, érotisant les rapports de domination.
Parallèlement, Daria Sobocinska remarque que l’esthétique BDSM s’est adoucie. Des sex-shops proposant des accessoires colorés et des articles en cuir recyclé ont fleuri, rendant ces pratiques plus accessibles. Cependant, le milieu BDSM repose sur des principes de sécurité, tels que le « safeword » permettant d’arrêter l’acte à tout moment et un suivi après l’expérience, ce qui n’est pas toujours compris ou respecté par les novices.
Beaucoup de jeunes cherchent à s’éloigner d’une sexualité traditionnelle qu’ils jugent peu satisfaisante. Le mouvement #MeToo a incité une réflexion sur leurs désirs et leur plaisir. Cette quête d’une sexualité « pour soi » pousse certains à explorer de nouvelles pratiques, souvent influencées par Internet et les réseaux sociaux. Cependant, cette recherche de nouveauté peut également conduire à des malentendus. Des hommes, désireux de bien faire, reproduisent des scènes de pornographie mainstream sans en tirer de plaisir, ce qui peut créer des situations très inconfortables.
Gwen Ecalle souligne que l’hyperaccessibilité de la pornographie gratuite pousse à la consommation de contenus de plus en plus extrêmes, ce qui peut engendrer un cycle où les jeunes ressentent le besoin de s’engager dans des pratiques plus audacieuses pour ne pas s’ennuyer. Paradoxalement, cela peut conduire à des expériences sexuelles non désirées, car certains se sentent obligés de tester des pratiques qui ne leur conviennent pas.
Les sexologues, comme Maylis Castet, constatent que certaines jeunes femmes se sentent tiraillées par des désirs pour des pratiques qu’elles considèrent comme violentes. Cette dissonance entre ce qu’elles pensent devoir aimer et leurs véritables désirs peut engendrer une forme de dissociation. Leur travail consiste à les aider à distinguer ce qui est réellement plaisant pour elles.
En conclusion, la question des pratiques sexuelles chez les jeunes mérite une attention particulière. Si certaines d’entre elles sont explorées dans un cadre sécurisé et consensuel, il est essentiel de veiller à ce que tous les participants soient pleinement conscients de leurs désirs et de leurs limites. Une éducation sexuelle ouverte et respectueuse pourrait contribuer à une sexualité plus épanouissante, où chacun se sent libre d’exprimer ses préférences sans pression sociale.