À l’ère numérique, l’acquisition d’un smartphone est souvent perçue comme un rite de passage pour les jeunes. Toutefois, une récente étude américaine jette un nouvel éclairage sur les conséquences de cette pratique, notamment en ce qui concerne la santé mentale des adolescents. Des chercheurs alertent sur les effets potentiels d’un smartphone sur le rapport au corps chez les jeunes dès l’âge de 12 ans.
EN BREF
- Une étude révèle un lien entre possession d’un smartphone et troubles alimentaires.
- Les adolescents de 12 ans avec un smartphone montrent des signes de vulnérabilité accrue.
- Des règles simples peuvent aider à encadrer l’utilisation des téléphones.
La récente étude, publiée en 2026 dans la revue JAMA Network Open, a examiné les effets du smartphone sur la santé des adolescents. Les chercheurs ont suivi 8 957 jeunes dans le cadre de l’ABCD Study (Adolescent Brain Cognitive Development), une étude longitudinale qui explore le développement du cerveau des adolescents. Ils ont comparé les adolescents qui possédaient un smartphone à 12 ans avec ceux qui n’en avaient pas encore. Les résultats sont préoccupants : les jeunes équipés d’un smartphone présentent une prévalence significativement plus élevée de symptômes liés aux troubles alimentaires.
À 12 ans, le risque d’hyperphagie, qui se traduit par des épisodes de consommation excessive de nourriture, est environ 61 % plus élevé chez les adolescents possédant un smartphone. Deux ans plus tard, ce risque grimpe à 67 %, tandis que les comportements compensatoires, tels que le jeûne ou l’exercice excessif, augmentent de 50 %. De plus, ces adolescents sont presque deux fois plus susceptibles de lier leur estime de soi à leur poids.
Les chiffres sont alarmants : parmi les adolescents ayant un smartphone à 12 ans, 24,2 % rapportent au moins un symptôme à 14 ans. Cependant, les auteurs de l’étude soulignent qu’il ne s’agit que d’associations, sans établir de lien direct de causalité. D’autres facteurs, tels que le harcèlement, des antécédents familiaux ou une fragilité psychologique, peuvent également jouer un rôle déterminant dans l’apparition de ces troubles.
En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a déjà mis en garde contre l’impact des réseaux sociaux sur l’image corporelle et les troubles du comportement alimentaire (TCA). Les adolescents confrontés à des images retouchées et à des contenus glorifiant des corps parfaits peuvent développer une perception déformée de leur propre corps.
Pour limiter les situations à risque, il est conseillé de mettre en place des règles concernant l’utilisation des smartphones. Par exemple, instaurer un rituel lors des repas, comme la mise des téléphones dans une boîte ou un tiroir, peut aider à favoriser des échanges familiaux et à préserver les signaux de faim et de satiété. Cette pratique est d’ailleurs recommandée par le Haut Conseil de la santé publique.
Il est également crucial de définir des limites claires autour de l’utilisation des smartphones. Voici quelques recommandations :
- Désactiver les téléphones pendant les repas pour toute la famille.
- Éteindre les appareils la nuit pour protéger le sommeil des adolescents.
- Accorder un accès progressif aux réseaux sociaux, avec des suivis et des discussions régulières sur ce qui est partagé.
- Aborder les questions de retouche d’images et de changements corporels liés à la puberté.
- Rester attentif aux signes de vulnérabilité, tels que les obsessions liées au poids ou les comportements alimentaires compulsifs.
Il est essentiel que les parents établissent un cadre strict et bienveillant, en évitant d’offrir un smartphone sans règles, ce qui pourrait engendrer des tensions et des comportements de contournement. En définitive, il ne s’agit pas d’interdire l’accès aux technologies, mais de veiller à ce que les jeunes puissent les utiliser de manière responsable et équilibrée.