Les frontières de l’Union européenne se ferment de plus en plus. Ce jeudi 26 mars, le Parlement européen a validé un durcissement significatif de la politique migratoire, en approuvant le projet de création de « hubs de retour », des centres destinés à expulser les migrants vers des pays extérieurs à l’UE.
EN BREF
- Le Parlement européen a approuvé la création de hubs de retour pour les migrants.
- Cette décision répond à des demandes d’États membres et des partis de droite.
- Des mesures plus strictes pour les déboutés d’asile sont également mises en place.
Cette initiative a été largement saluée par une majorité d’États membres ainsi que par les eurodéputés de droite et d’extrême droite, qui ont exprimé leur satisfaction par des applaudissements dans l’hémicycle. En effet, la situation actuelle est jugée insatisfaisante, avec seulement 20 % des décisions d’expulsion effectivement mises en œuvre, un chiffre critiqué par ceux qui plaident pour une politique migratoire plus restrictive.
Face à cette pression, la Commission européenne a proposé, il y a un an, un texte visant à renforcer le nombre d’expulsions. Ce dispositif a été validé ce matin par une large majorité d’eurodéputés, incluant des membres de la droite, de l’extrême droite et du centre, lors d’une séance plénière à Bruxelles.
François-Xavier Bellamy, eurodéputé de droite, a exprimé son soutien à cette mesure, affirmant qu’elle permettrait de « garantir simplement ce principe : si vous venez illégalement en Europe, soyez sûr que vous n’y resterez pas ». Les États membres pourront ainsi ouvrir des centres pour migrants dans des pays en dehors de l’UE, où ils pourront envoyer et éventuellement détenir des personnes dont la demande d’asile a été refusée.
Ce concept n’est pas inédit. L’Italie a déjà tenté d’implanter un tel centre en Albanie, mais celui-ci est resté largement vide, en raison de contestations judiciaires. En février dernier, seulement 90 personnes y étaient accueillies, selon des sources italiennes. Par ailleurs, un accord similaire a été établi entre le Royaume-Uni et le Rwanda, mais Londres a abandonné son projet face à des obstacles juridiques, entraînant des conflits devant les tribunaux.
Au cours des dernières semaines, un groupe restreint d’États membres, incluant le Danemark, l’Autriche, la Grèce, l’Allemagne et les Pays-Bas, s’est constitué pour évaluer ces modèles et tirer des leçons de leurs « erreurs », comme l’a rapporté un diplomate. L’objectif est de conclure des accords avec des pays tiers d’ici la fin de l’année pour mettre en place ces centres de retour.
Cependant, certains pays, tels que la France et l’Espagne, demeurent sceptiques quant à l’efficacité de ces hubs et se sont tenus en retrait des discussions. Le texte adopté prévoit également des règles et des sanctions plus sévères pour les déboutés d’asile refusant de quitter le territoire de l’UE, comprenant des mesures telles que la confiscation de documents d’identité, des détentions, et des interdictions d’entrée prolongées.
Une autre innovation significative est la reconnaissance mutuelle des décisions d’expulsion entre les États membres, permettant ainsi qu’une décision prise en France puisse être appliquée en Espagne et vice versa.
Cependant, cette évolution a suscité des préoccupations. Marta Welander, de l’ONG International Rescue Committee, a décrit ce vote comme un « recul historique des droits des réfugiés », soulignant le risque de multiplication des détentions de personnes vulnérables, y compris des enfants.
En somme, cette nouvelle législation sur la migration est le fruit d’une collaboration renforcée entre les élus de droite et d’extrême droite, suscitant des remous en Allemagne. Friedrich Merz, le chancelier, a critiqué cette alliance, affirmant que l’histoire se souviendra de ce moment où la droite modérée a contribué à l’érosion des protections migratoires, en s’associant à l’extrême droite dans l’écriture de ce texte.