Levée des sanctions : Paris soutient les oligarques Ousmanov et Fridman

Le 22 septembre, la France et le Luxembourg ont réussi à faire retirer Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman de la liste des oligarques russes sous sanctions, après de longues négociations au sein de l’Union européenne. Cette décision, saluée par certains, suscite des interrogations quant aux motivations derrière cette levée des restrictions pour ces deux hommes d’affaires influents.

EN BREF

  • Les oligarques Ousmanov et Fridman retirés des sanctions par l’UE
  • Paris espère libérer des citoyens français détenus en Azerbaïdjan
  • Fridman réclame 15 milliards d’euros au Luxembourg suite aux sanctions

La présidence tournante de l’Union européenne, actuellement assurée par l’Irlande, a confirmé ce changement de statut pour Ousmanov et Fridman, tout en maintenant les sanctions pour près de 3 000 autres individus. Ce compromis a visiblement été perçu comme nécessaire par Paris, qui a avancé des arguments liés à la situation de certains citoyens français retenus en Azerbaïdjan.

Alicher Ousmanov, 73 ans, est un homme d’affaires dont la fortune est estimée à 14,1 milliards de dollars, selon le magazine Forbes. Né en Ouzbékistan, il a fait l’objet de nombreuses controverses, notamment pour avoir purgé une peine de prison dans les années 1980. Depuis, il a bâti un empire économique, s’imposant dans divers secteurs tels que la métallurgie et les télécommunications. Ousmanov a également des liens étroits avec le pouvoir azerbaïdjanais, ce qui pourrait expliquer l’orientation de Paris dans cette affaire.

Mikhaïl Fridman, quant à lui, possède une fortune évaluée à 16,6 milliards de dollars. Né à Lviv en Ukraine, il a construit son empire grâce à la banque Alfa Bank et à son conglomérat Alfa Group, qui couvre divers domaines allant de l’énergie aux télécommunications. Fridman a récemment engagé une procédure d’arbitrage contre le Luxembourg, réclamant près de 15 milliards d’euros en compensation liée aux sanctions qui frappent ses avoirs.

Les motivations derrière le retrait de ces sanctions sont multiples. D’une part, il y a la volonté de Paris de faciliter la libération de ses citoyens. D’autre part, le Luxembourg espère résoudre une situation complexe en lien avec Fridman, qui menace de mettre en péril une partie de son budget.

Cette décision a toutefois suscité des réactions mitigées au sein de l’Union européenne. Kaja Kallas, la cheffe de la diplomatie européenne, a exprimé ses réserves, soulignant l’importance de maintenir la pression sur Moscou dans le cadre des sanctions. « Nous avons clairement besoin de stabilité, à savoir que les sanctions restent en place plus longtemps », a-t-elle déclaré.

Il est intéressant de noter qu’Alicher Ousmanov a diversifié ses investissements au fil des ans, ayant notamment investi dans Facebook et possédant des parts dans le géant chinois Xiaomi. Son influence s’est également manifestée dans le domaine médiatique, ayant acquis le journal Kommersant, qu’il a orienté vers une ligne pro-Kremlin.

Quant à Mikhaïl Fridman, il a également su tirer profit des changements politiques en Russie pour consolider son empire économique. Sa coentreprise avec BP et son implication dans divers secteurs ont renforcé sa position, bien qu’il soit désormais sous le coup de sanctions, non seulement de l’UE mais aussi des États-Unis et du Royaume-Uni, qui lui ont retiré plusieurs de ses propriétés.

Le débat autour de la levée des sanctions pour Ousmanov et Fridman met en lumière les tensions au sein de l’UE concernant les stratégies à adopter face aux oligarques russes. Alors que certains plaident pour une approche plus souple, d’autres estiment qu’il est crucial de maintenir la pression sur ceux qui soutiennent le régime de Vladimir Poutine.

Ce revirement soulève des questions sur l’intégrité des politiques européennes en matière de sanctions et sur les véritables enjeux géopolitiques qui influencent ces décisions. Dans un contexte où la guerre en Ukraine perdure, les choix des États membres de l’UE pourraient avoir des conséquences durables sur la dynamique régionale et les relations internationales.