La question de la lutte contre les incendies en France suscite de vives préoccupations, surtout en période de fortes chaleurs et de sécheresse. Face à des incendies de plus en plus fréquents et dévastateurs, le débat s’intensifie autour des moyens aériens disponibles pour combattre les flammes. Les élus d’opposition, souvent présents sur les plateaux de télévision, dénoncent une flotte trop limitée. Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a récemment exprimé son désaccord face à ces critiques, mettant l’accent sur la diversité de la flotte aérienne française.
EN BREF
- La flotte aérienne de lutte contre les incendies en France est composée de 67 appareils.
- La location d’aéronefs privés a coûté 106 millions d’euros à l’État depuis 2020.
- Des préoccupations sont soulevées concernant la souveraineté et l’intégration des pilotes étrangers.
Actuellement, la flotte française se compose de 12 Canadair, 8 avions Dash-8, un A400M déployable sur demande, et 39 hélicoptères Dragon, dont seulement deux peuvent effectuer des missions de largage d’eau. En tout, 67 aéronefs sont disponibles pour intervenir en cas de départ de feu sur le territoire national. Toutefois, tous ces appareils ne peuvent pas toujours être mobilisés. La vétusté de certains d’entre eux, notamment les Canadair qui approchent de leur durée de vie maximale, pose un véritable défi pour la lutte contre les incendies.
Depuis 2022, la situation s’est aggravée, notamment après les importants feux de forêt en Gironde. Plus de 10 % des avions qui composent cette flotte sont souvent immobilisés au sol, incapables de décoller. La France peut cependant compter sur l’aide de ses partenaires européens. En juillet dernier, Emmanuel Macron a annoncé le renfort d’appareils provenant de Croatie, du Portugal, de Tchéquie et de Slovaquie. Ce mécanisme de protection civile, actif depuis 2019, a été activé pour faire face à la violence des incendies.
Cependant, les défis se multiplient. Avec le dérèglement climatique, les incendies deviennent plus fréquents et plus intenses, rendant la situation encore plus complexe. En 2026, 22 avions et cinq hélicoptères avaient déjà été mobilisés avant même le début de la saison des incendies, une première depuis la mise en place du programme rescEU. Il est important de noter que si un pays utilise ses propres moyens pour lutter contre les incendies, il ne peut pas les envoyer à l’étranger, ce qui complique encore la gestion des ressources.
Pour pallier ces insuffisances, la France a donc recours à la location d’aéronefs auprès de sociétés privées, à l’image de ce qui se fait aux États-Unis. Depuis 2022, la France loue 12 hélicoptères et six avions bombardiers d’eau. En 2026, la Sécurité civile a confirmé la location de dix hélicoptères bombardiers d’eau, et non douze comme précédemment annoncé. Toutefois, cette option a un coût non négligeable. Selon un rapport publié en 2025 par le député LFI Damien Maudet et la députée PS Sophie Pantel, ces locations ont coûté à l’État 106 millions d’euros depuis 2020, avec une augmentation significative ces dernières années.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la location a coûté deux millions d’euros en 2020, et 30 millions d’euros en 2025, représentant une multiplication par douze du budget initial. La Sécurité civile, quant à elle, évalue le montant cumulé de ce marché à 51 millions d’euros sur la période 2023-2025.
Les entreprises privées qui bénéficient de ces contrats, telles qu’Airtelis, Titan Aerial ou Conair, se partagent un marché lucratif. Le sénateur LR Jean-Pierre Vogel a détaillé le coût de la location d’un avion Dash auprès de Conair, estimé à 44 365 euros par jour de mise à disposition, et 12 681 euros par heure de vol. Titan Aerial, quant à elle, a reçu 6,2 millions d’euros pour la location de quatre avions Air Tractor entre juin et septembre 2023.
Outre les dépenses, plusieurs préoccupations émergent concernant la location d’aéronefs privés, comme l’augmentation inévitable des coûts avec l’accroissement des sollicitations, la question de la souveraineté en lien avec la nationalité des entreprises, et les difficultés d’intégration des pilotes non francophones dans les opérations de la Sécurité civile.
Interrogée sur l’avenir de ces locations, la Sécurité civile a confirmé qu’il n’est pas prévu d’y mettre un terme, même avec l’arrivée de nouveaux Canadair entre 2028 et 2033 et le renouvellement de la flotte d’hélicoptères H145. La lutte contre les incendies semble ainsi s’inscrire dans une dynamique de dépendance croissante aux sociétés privées, une réalité qui ne manquera pas d’alimenter le débat public dans les années à venir.