Le monde de la course à pied est en pleine mutation. Alors que l’engouement pour les marathons, trails et autres courses de 10 kilomètres ne cesse d’augmenter, les participants s’interrogent sur l’accessibilité de ces événements. La situation est particulièrement marquée par la récente annonce du marathon de Paris, qui introduit un tirage au sort pour la prochaine édition prévue le 4 avril 2027. Cette décision a suscité des réactions mitigées parmi les coureurs, comme le souligne Jade, qui exprime sa déception face à cette nouvelle règle.
EN BREF
- Le marathon de Paris introduit un tirage au sort pour les inscriptions, ce qui déçoit de nombreux coureurs.
- Les coûts des dossards augmentent, reflétant une demande supérieure à l’offre.
- Le marché du running se transforme, avec une population de coureurs de plus en plus jeune et consommatrice.
Les nouvelles règles ne sont pas sans conséquences. En effet, le marathon de Bordeaux a affiché complet seulement quelques heures après l’ouverture des inscriptions, tandis que les places pour le Trail Entre Landes et Justice se sont écoulées en à peine 11 minutes. L’Observatoire du running 2026 révèle que 62 % des coureurs ont rencontré des difficultés d’inscription, soulevant ainsi la question de l’inaccessibilité croissante des courses à pied.
La hausse des dossards et des frais d’inscription soulève des interrogations sur la nature même de la course à pied. Autrefois perçu comme un sport accessible à tous, il semble désormais se déplacer vers une forme d’élitisme, où le coût devient un facteur de sélection incontournable. Virgile Caillet, délégué général de l’Union des entreprises sport et cycle (UESC), explique que le système de tirage au sort, bien que relativement nouveau en France, est déjà adopté par sept des huit marathons majeurs à l’international.
Pour le marathon de Paris, l’organisateur Cadence Running United a choisi d’instaurer un tarif unique de 169 euros pour le dossard, remplaçant une fourchette de prix qui variait auparavant entre 135 et 179 euros. Cette décision, selon Caillet, est une manière de simplifier la gestion de l’événement. « Il y a une demande deux à trois fois supérieure aux places disponibles », ajoute-t-il, justifiant ainsi cette hausse des tarifs.
Les coûts d’organisation des courses à pied ont considérablement augmenté, notamment en raison des exigences en matière de sécurité et des droits de passage imposés par certaines municipalités. À Paris, la ville a facturé 1,7 million d’euros à l’organisateur pour la tenue du marathon de 2024. Ce contexte économique difficile a conduit les organisateurs à répercuter ces coûts sur les coureurs.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2025, le marché du running devrait atteindre 1,2 milliard d’euros, en hausse par rapport aux 820 millions d’euros d’avant la pandémie. Une partie de cette augmentation est attribuée à l’équipement des coureurs, notamment les chaussures, qui représentent deux tiers de cette somme. Le coût moyen d’une paire de chaussures atteint 142 euros, rendant ainsi la pratique de la course à pied de plus en plus onéreuse.
Un autre phénomène noté par les experts est l’engouement des jeunes pour la course à pied. Avec une majorité de coureurs de moins de 30 ans, ces nouveaux pratiquants sont également influencés par les réseaux sociaux et les tendances du moment. Leurs attentes vont au-delà de la simple performance ; ils cherchent à vivre une expérience mémorable, au point de vouloir que chaque course soit un événement unique et spectaculaire.
Le système des inscriptions, avec des ventes « early birds » et des sessions de « deuxième chance », accentue cette compétition pour obtenir un dossard. Les organisateurs, conscients de cette demande, utilisent des stratégies marketing inspirées du monde de l’événementiel pour attirer toujours plus de participants.
Cependant, cette situation soulève des défis. Le stress lié à l’inscription et la nécessité de planifier les courses à l’avance peuvent décourager certains coureurs, en particulier ceux qui pratiquent pour le loisir. L’entraîneur d’un club d’athlétisme s’inquiète également de l’impact sur les athlètes qui s’entraînent dur toute l’année sans pouvoir participer à des compétitions.
À long terme, les organisateurs devront trouver un équilibre entre l’engouement croissant pour la course à pied et la nécessité de préserver l’accessibilité de cet événement. Alors que les collectivités continuent de favoriser les événements sportifs pour mettre en valeur leurs territoires, l’évolution du marché du running pourrait offrir de nouvelles opportunités, mais également poser des questions sur la durabilité de cette tendance.