Marseille inaugure une connexion électrique pour croisières : un pas vers un tourisme durable

Le port de Marseille, premier port français pour les croisières, a récemment franchi une étape majeure dans la transition énergétique en inaugurant un dispositif permettant le branchement électrique de navires de croisière. Cette innovation, qui permet de connecter simultanément trois grands paquebots, représente une avancée technologique significative dans la lutte contre la pollution maritime.

EN BREF

  • Marseille peut désormais brancher trois grands navires de croisière en même temps.
  • Cette initiative vise à réduire la pollution liée aux escales des paquebots.
  • L’électrification est financée par l’UE, l’État et les collectivités locales, pour un coût total de 210 millions d’euros.

Inauguré par le ministre des Transports, Philippe Tabarot, ce système permettra aux navires de croisière de recevoir jusqu’à 16 MW d’électricité chacun, soit l’équivalent de la consommation d’une ville de 13 000 habitants. Cela marque une « première en France » et un engagement pour un tourisme de croisière plus respectueux de l’environnement, selon les autorités locales.

Cette avancée répond à une préoccupation croissante des riverains concernant les nuisances générées par les gros paquebots, notamment leurs émissions polluantes. Laurent Martens, délégué général d’Armateurs de France, a souligné que ce raccordement permettrait aux compagnies de croisière d’améliorer leur image face aux critiques croissantes sur leur impact environnemental.

Le ministre a également évoqué des enjeux de souveraineté énergétique dans un contexte de tensions géopolitiques, notamment la guerre au Moyen-Orient, qui rappelle l’importance de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées. L’électricité fournie par le port de Marseille est entièrement d’origine renouvelable, produite grâce à des panneaux photovoltaïques.

Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a récemment annoncé des mesures visant à accélérer l’électrification des transports et du logement, dans un effort pour réduire la dépendance au gaz et au pétrole. Le port de Marseille, avec ses 4 millions de passagers par an, se positionne ainsi comme un modèle en matière de transition énergétique, avec son plan « Escale zéro fumée », qui anticipe la réglementation européenne imposant l’électricité à quai pour 90 % des escales d’ici 2030.

Néanmoins, des experts comme Fanny Pointet, spécialiste du transport maritime au sein de l’ONG Transport & Environnement, mettent en garde contre une vision trop optimiste. Bien que le raccordement électrique réduise la pollution atmosphérique lors des escales, il ne représente qu’une infime fraction de la pollution totale générée par les navires. En effet, l’impact des émissions lors de l’entrée et de la sortie du port demeure préoccupant, puisque le raccordement à quai ne réduit que 6 % des émissions globales d’un bateau de croisière.

Pour les résidents de la région, cette initiative est tout de même un pas vers une amélioration de la qualité de l’air, avec une réduction estimée de 28 % des émissions d’oxyde d’azote dues aux transports maritimes, selon l’organisme de surveillance de la qualité de l’air, AtmoSud. Cependant, Damien Piga, d’AtmoSud, souligne l’importance de suivre l’effectivité de ce raccordement pour garantir son utilisation dans la pratique.

Le coût pour équiper un bateau d’une connectivité électrique varie de 500 000 à 1 million d’euros, et rien n’oblige les compagnies à privilégier cette option par rapport à l’utilisation du diesel, qui leur est proposé à un tarif préférentiel. Une représentante de l’association Stop Croisières a exprimé son inquiétude face au financement public de ces infrastructures, arguant que ces ressources devraient être prioritairement investies dans le fret plutôt que dans le confort des croisiéristes.

Cette connexion électrique, qui a nécessité plus de deux ans de travaux, est le fruit d’un partenariat entre l’Union européenne, l’État et les collectivités locales, pour un investissement total de 210 millions d’euros. C’est un pas significatif vers un avenir maritime plus durable, bien que des défis subsistent pour garantir la véritable réduction des émissions polluantes des navires de croisière.