Master Poulet : la lutte juridique autour du fast-food halal à Saint-Ouen

À Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, la chaîne de fast-food halal Master Poulet est au cœur d’une polémique qui oppose son fondateur à la mairie dirigée par Karim Bouamrane. Depuis son ouverture le 11 avril, le restaurant a suscité des tensions entre les riverains et le maire, sur fond de accusations de gentrification et de malbouffe.

EN BREF

  • Master Poulet a ouvert à Saint-Ouen en avril, provoquant une réaction du maire.
  • Des accusations de gentrification et de nuisances sonores entourent l’enseigne.
  • Le tribunal administratif a jugé illégale la fermeture imposée par la mairie.

Le conflit a débuté lorsque le maire a fait fermer le fast-food trois jours après son inauguration, arguant que Master Poulet s’était installé sans autorisation préalable. Pour bloquer l’accès au restaurant, des blocs de béton ont été installés devant son entrée. En réponse, la chaîne a saisi le tribunal administratif de Montreuil, qui a déclaré cette décision « manifestement illégale » et a ordonné à la mairie de retirer les obstacles dans un délai de 48 heures.

Master Poulet est une enseigne spécialisée dans la vente à emporter de poulet grillé halal à bas prix. Fondée par Chouaib Benbakir, la chaîne se présente comme « maîtres du poulet grillé » et dispose de 36 restaurants en France, dont 28 en Île-de-France. Sur son site, elle revendique plus de 50 points de vente, en incluant ses marques associées. Le fast-food offre une large gamme de produits, allant de poulets entiers à des accompagnements variés, à des prix défiant toute concurrence.

Le maire, Karim Bouamrane, a exprimé des préoccupations concernant les conditions de vie des riverains, citant des nuisances sonores et des livraisons tardives. Il a également critiqué l’enseigne pour sa promotion de la malbouffe, insistant sur la nécessité d’offrir aux jeunes une alimentation de qualité. De son côté, le fondateur de Master Poulet a souligné que, même si certains produits sont industriels, la majorité des recettes sont préparées sur place avec des ingrédients de qualité.

Ce bras de fer a attiré l’attention de plusieurs élus, notamment ceux de La France insoumise (LFI), qui accusent le maire d’instrumentaliser la lutte contre la malbouffe pour justifier des actions perçues comme une gentrification. Le député Éric Coquerel a soutenu l’enseigne, affirmant que l’initiative du maire favorisait des commerces dont les prix ne sont pas accessibles à tous.

Le dernier développement de cette affaire a eu lieu le 25 avril, lorsque la mairie a remplacé les blocs de béton par des pots de fleurs orange autour du fast-food. En réponse, Master Poulet a affiché des banderoles sur sa façade, affirmant : « Nous sommes ouverts. N’en déplaise à Karim… »

Ce conflit souligne les tensions croissantes entre développement commercial et préservation des conditions de vie des habitants dans une ville en mutation. Alors que Master Poulet continue de faire parler de lui, les enjeux de cette lutte dépassent largement le simple cadre d’un différend entre un fast-food et une municipalité.

La situation à Saint-Ouen est révélatrice des défis auxquels sont confrontées les villes en matière de régulation de l’urbanisme et de préservation de la qualité de vie des citoyens. La réaction des habitants et des élus face à cette chaîne de restauration rapide pourrait influencer les décisions futures en matière d’implantation commerciale.