Mobilisation de l’épargne pour la défense : l’État rassure les épargnants

Depuis plusieurs semaines, une inquiétude grandissante s’est emparée des épargnants français : l’État va-t-il puiser dans leur épargne pour financer l’effort de guerre lié à la situation en Ukraine et à la menace russe ? Des rumeurs circulant sur les réseaux sociaux évoquent des prélèvements de 500 euros ou même des saisies en 72 heures, alimentant ainsi la peur d’une intervention directe sur les comptes des particuliers.

EN BREF

  • L’État vise à orienter l’épargne vers l’industrie de défense sans prélèvements automatiques.
  • Des réunions ont lieu à Bercy pour explorer les options de financement de la défense.
  • Le gouvernement assure qu’il n’est pas question de saisir l’épargne des Français.

En réalité, le gouvernement français évoque une réorientation de l’assurance-vie et de l’épargne retraite vers le secteur de la défense, dans le cadre de l’initiative lancée par Emmanuel Macron le 5 mars dernier. À Bercy, des investisseurs et des acteurs de l’industrie de défense se réunissent pour travailler sur des solutions de financement, sans qu’il soit question d’une ponction automatique sur les livrets d’épargne. L’enjeu principal réside dans la manière de réorienter l’épargne existante, plutôt que de créer de nouveaux dispositifs.

Jeudi dernier, des représentants des banques, des assureurs et des fonds d’investissement ont été conviés à une réunion à Bercy pour réfléchir aux moyens d’assurer un meilleur financement de la base industrielle et technologique de défense. Le ministère de l’Économie privilégie l’utilisation de produits financiers déjà familiers aux Français, évitant ainsi la création d’un nouveau « livret de guerre » ou le détournement du Livret A vers l’armement, options qui ont déjà été écartées.

Concrètement, l’idée serait d’ajouter des supports dédiés à la défense au sein des contrats existants. Philippe Crevel, président du Cercle de l’Épargne, a expliqué que « les Français pourraient choisir parmi de nombreuses unités de compte, y compris une unité de compte bleu-blanc-rouge qui financerait une forme de participation sous forme de prêt ou d’obligation à l’industrie de la défense ». En aucun cas, il n’est prévu de prélever l’épargne des ménages.

Pour Andrea Tueni, responsable des marchés chez Saxo Banque, « le gouvernement souhaite mobiliser les banques, les assureurs et les fonds d’investissement. Actuellement, ils gèrent des actifs massifs, avec environ 2 000 milliards d’euros pour l’assurance-vie ». Une réunion à Bercy vise à examiner des solutions, y compris l’assouplissement des règles d’investissement, afin d’orienter davantage d’épargne vers ce secteur. De plus, Bercy envisage d’assouplir certains critères environnementaux et sociaux qui, jusqu’à présent, excluaient l’armement de nombreux portefeuilles.

Une protection juridique pour les épargnants

Les grandes catégories de placements ne sont pas affectées de la même manière. Des spécialistes du droit bancaire, interrogés par AFP Factuel, rappellent que la saisie unilatérale des comptes serait contraire aux règles nationales et internationales qui protègent la propriété. Le ministère de l’Économie a clairement affirmé qu’il est « hors de question de confisquer l’épargne de qui que ce soit », tandis qu’Éric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts, a assuré que l’État ne fera « jamais main basse sur l’épargne des Français ». Les scénarios de ponction générale sur les livrets relèvent donc de l’information erronée, sans fondement dans les textes en préparation.

Pour les particuliers, l’enjeu principal devient donc celui du choix. Un sondage ELABE révèle qu’environ 43 % des Français se disent prêts à placer une partie de leur épargne retraite dans un produit dédié à la défense. Avant d’opter pour un fonds « défense » ou une unité de compte « bleu-blanc-rouge », il est judicieux d’examiner le niveau de risque, la durée d’investissement, les frais associés et leur adéquation avec ses propres valeurs. Les prochains arbitrages de Bercy préciseront les contours de cette mobilisation volontaire de l’épargne, sans remettre en cause la propriété des comptes existants.

Le débat sur la réorientation de l’épargne en faveur de la défense soulève des questions essentielles sur l’éthique et les valeurs des épargnants, tout en mettant en lumière les capacités de financement de l’État dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes.