Municipales 2026 : le Rassemblement national face à son défi local

À un peu plus de deux ans des élections municipales prévues les 15 et 22 mars 2026, le Rassemblement national (RN) souhaite redéfinir son ancrage au niveau local. Alors que le parti d’extrême droite a réussi à conquérir seulement une quinzaine de mairies lors des municipales de 2020, il entend capitaliser sur cette échéance électorale pour renforcer sa présence dans les collectivités territoriales.

EN BREF

  • Le Rassemblement national vise à conquérir davantage de mairies lors des municipales de 2026.
  • Le parti cherche à s’ancrer localement pour préparer les élections présidentielles de 2027.
  • Des alliances à droite sont envisagées pour affaiblir le cordon sanitaire autour du RN.

Gilles Ivaldi, chercheur au CNRS et spécialiste de l’extrême droite, souligne que l’ancrage local constitue une faiblesse majeure du RN. Ce dernier a fait des progrès significatifs dans les villes de taille moyenne, où il obtient des résultats bien plus élevés que dans les grandes métropoles. Pour le RN, conquérir un maximum de villes moyennes semble être la priorité, d’autant plus que ces territoires offrent des opportunités réelles d’emporter des victoires électorales.

Les grandes villes, un enjeu crucial

Le RN aspire également à remporter des grandes villes, avec Perpignan, Toulon, Marseille et Nice dans son viseur. Selon Ivaldi, le scénario idéal pour le parti serait de conserver Perpignan, conquérir Toulon et, éventuellement, réaliser une surprise à Marseille ou Nice. Ces victoires représenteraient des étapes cruciales dans la dynamique du RN, en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Jordan Bardella et Marine Le Pen ont récemment affirmé qu’ils privilégieraient la qualité à la quantité. Toutefois, Ivaldi rappelle qu’une victoire dans une vingtaine de villes ne serait pas considérée comme une avancée significative. En revanche, dépasser la trentaine de municipalités pourrait traduire une progression notable du RN, renforçant ainsi son image de parti de gouvernement.

Un besoin de professionnalisation

Historiquement, le RN a toujours eu des difficultés à s’implanter localement. Ivaldi évoque le besoin urgent pour le parti de se doter d’élus municipaux et de maires, afin de renforcer sa professionnalisation. Ces élus pourraient jouer un rôle clé dans la stratégie de conquête du pouvoir, en servant de relais pour le parti.

Le chercheur note également que le RN doit s’attaquer à son image ternie par des scandales. La présence de membres aux idées controversées, comme celles de l’extrême droite, complique la situation. Le parti doit trouver un équilibre entre ses convictions et la nécessité de présenter des candidats crédibles.

En outre, à l’approche des élections sénatoriales de septembre 2026, le RN doit rassembler des conseillers municipaux et des maires pour assurer sa représentation au Sénat. Cela pourrait également faciliter la collecte des parrainages nécessaires pour la présidentielle, un enjeu souvent délicat pour le parti.

Stratégies d’alliance et enjeux de sécurité

Le RN envisage également de briser le cordon sanitaire qui l’entoure en réalisant des alliances locales avec des partis de droite. Ce type d’alliance, souvent rejetée au niveau national, pourrait être déterminant pour sa capacité à gouverner. Ivaldi souligne que ces alliances sont essentielles pour disloquer la droite traditionnelle, laquelle pourrait devenir une alliée précieuse pour le RN.

Concernant le bilan du RN dans les municipalités où il est déjà présent, Ivaldi reste critique. La gestion financière du parti n’a pas toujours été exemplaire et les promesses faites aux électeurs n’ont pas toujours été tenues. Cela pousse le RN à recentrer sa campagne sur des enjeux plus nationaux, en jouant sur les thématiques de sécurité, qui s’avèrent plus mobilisatrices que la valorisation de son bilan local.

En effet, les sondages révèlent que la sécurité sera un enjeu majeur du prochain scrutin. Le RN mettra donc l’accent sur des mesures telles que l’augmentation des effectifs de police municipale et le déploiement de caméras de vidéosurveillance, des thématiques souvent plus porteuses que la défense de son bilan.

Enfin, l’actualité récente, marquée par des polémiques au sein du RN, comme l’affaire Quentin Deranque, permet au parti de détourner l’attention sur LFI, renforçant ainsi son image de victime d’une diabolisation. Cette stratégie pourrait avoir un impact sur le scrutin, mais son efficacité reste à évaluer.

Dans cette perspective, le RN semble se préparer à une campagne municipale qui, loin d’être seulement locale, pourrait avoir des répercussions significatives sur son avenir politique à l’approche de la présidentielle de 2027.