Ce mercredi, les discussions entre les représentants du patronat et les syndicats s’intensifient autour de l’assurance chômage. L’objectif est de parvenir à un accord permettant de réaliser au moins 400 millions d’euros d’économies par an, principalement en modifiant les règles relatives aux ruptures conventionnelles. Ce sujet sensible pourrait, en cas d’échec des négociations, entraîner une intervention directe du gouvernement dans les conditions d’indemnisation.
EN BREF
- Un accord sur l’assurance chômage pourrait générer 400 millions d’euros d’économies par an.
- Des manifestations ont eu lieu pour protester contre une éventuelle baisse des droits des chômeurs.
- Les syndicats font pression pour éviter une reprise en main par le gouvernement.
Les trois principales organisations patronales, à savoir le Medef, la CPME et l’U2P, ont soumis un projet d’accord qui vise à réduire la durée maximale d’indemnisation des chômeurs ayant signé une rupture conventionnelle, la faisant passer de 18 à 15 mois. Cette mesure pourrait permettre d’économiser 270 millions d’euros dès 2027, avec un impact total de 940 millions d’euros à partir de 2030, selon les estimations de l’Unédic. Cependant, il est impératif que cette proposition soit votée par le Parlement pour entrer en vigueur.
Parallèlement, les négociateurs cherchent à améliorer le recouvrement des trop-perçus versés aux chômeurs. Actuellement, près de 1,3 milliard d’euros de trop-perçus sont recensés pour l’année 2025, représentant 3 % des allocations versées par l’Unédic, dont les trois quarts sont inférieurs à 650 euros. La majorité de ces trop-perçus sont récupérés dans les quatre ans suivant leur versement.
Les autres propositions du patronat, comme la dégressivité des allocations après une rupture conventionnelle ou un durcissement des conditions d’indemnisation pour les intermittents du spectacle, semblent abandonnées. Cette décision a été accueillie par des manifestations, notamment par la CGT, où au moins 300 personnes se sont rassemblées devant le siège de l’Unédic. Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT, a exprimé son inquiétude face à une baisse des droits des chômeurs de 25 % depuis 2017, affirmant : « On ne lutte pas contre le chômage en s’attaquant aux chômeurs. »
D’autres manifestations ont eu lieu dans des villes comme Marseille, où plus d’une centaine de personnes ont protesté devant le siège régional du Medef. Des incidents ont été signalés, bien qu’aucune dégradation n’ait été constatée lors d’une intrusion pacifique dans les locaux de l’organisation patronale.
Le patronat, depuis le début des négociations, a cherché à élargir le cadre des discussions, visant un milliard d’euros d’économies. En réponse, le gouvernement a fixé un objectif de 400 millions d’euros, en se concentrant notamment sur les ruptures conventionnelles. En 2024, 515 000 ruptures conventionnelles individuelles ont été enregistrées, principalement dans de petites entreprises, entraînant un coût total des allocations chômage de 9,4 milliards d’euros, soit 26 % du total des dépenses.
Les bénéficiaires de ces ruptures sont généralement plus jeunes et plus diplômés que la moyenne des demandeurs d’emploi, ce qui pourrait expliquer des allocations plus élevées. Le gouvernement, sous la direction de la ministre de l’Emploi, a écarté la possibilité d’une révision complète de la convention d’assurance chômage, malgré les appels à cette fin de la part de son prédécesseur, François Bayrou, qui souhaitait des économies de quatre milliards d’euros.
En amont de cette journée cruciale, les leaders des cinq syndicats de salariés ont exhorté le patronat à faire preuve de « raisonnabilité ». Certains, dont Marylise Léon de la CFDT, se montrent optimistes quant à la possibilité d’un accord, évoquant une « voie de passage » pour surmonter les différends. Frédéric Souillot, de FO, a également souligné la capacité des partenaires sociaux à parvenir à des accords.
En revanche, la CGT reste ferme, désignant les employeurs comme responsables des abus liés aux ruptures conventionnelles et suggérant l’instauration d’un « malus » pour les entreprises qui en abusent. L’issue de ces négociations pourrait également avoir des répercussions sur d’autres discussions en cours, notamment celles relatives aux contrats courts.