Les consommateurs français subissent une augmentation progressive et souvent silencieuse des tarifs de Netflix. Depuis son arrivée en France en 2014, la plateforme de streaming a régulièrement révisé ses prix, entraînant une insatisfaction croissante parmi ses abonnés. Selon l’UFC-Que Choisir, les augmentations de tarifs vont de 7,99 à 10,99 euros pour l’abonnement « un écran », tandis que les formules « deux écrans » et « quatre écrans » ont respectivement vu leurs prix passer de 9,99 à 14,99 euros et de 11,99 à 21,99 euros. La formule avec publicité, introduite en 2023, a également connu une hausse significative, passant de 5,99 à 7,99 euros en 2025, soit une augmentation de près de 33% en deux ans.
EN BREF
- Netflix a été condamné en Italie à rembourser ses abonnés pour des hausses tarifaires abusives.
- Les montants des remboursements peuvent atteindre 500 euros par abonné, selon leur ancienneté.
- Les associations de consommateurs françaises pourraient s’inspirer de cette décision pour agir contre Netflix.
La situation en France est d’autant plus intéressante qu’elle n’est pas isolée. En Italie, l’association de défense des consommateurs, Movimento Consumatori, a engagé des poursuites contre Netflix, ayant pour résultat un jugement du tribunal de Rome le 1er avril dernier. Ce verdict a déclaré abusives les clauses contractuelles qui permettaient à Netflix de modifier unilatéralement ses tarifs d’abonnement entre 2017 et janvier 2024. Le tribunal a souligné que le Code de la consommation italien interdit toute modification des termes d’un contrat sans justification adéquate.
Le délai accordé aux abonnés pour résilier leur contrat, fixé à 30 jours, a également été jugé insuffisant. Face à cette décision, Netflix a annoncé son intention de faire appel. Si l’appel était rejeté, la plateforme pourrait être contrainte de rembourser des sommes considérables. En fonction de leur abonnement, les utilisateurs pourraient réclamer jusqu’à 500 euros pour un abonnement Premium souscrit sans interruption depuis 2017, et environ 250 euros pour un abonnement Standard.
En plus des remboursements, la justice italienne a ordonné à Netflix d’informer chaque client concerné et de réduire les tarifs actuels de ses abonnements en fonction des augmentations jugées illégales, représentant des réductions de 8 euros par mois pour le Premium, 4 euros pour le Standard et 2 euros pour l’abonnement avec publicité. La société doit également publier cette décision sur son site et dans les médias nationaux pendant une durée de six mois.
D’autres pays européens, tels que la Pologne, l’Allemagne et l’Espagne, ont également engagé des actions similaires contre Netflix, cherchant à défendre les droits des consommateurs. En Pologne, par exemple, le régulateur UOKiK a ouvert une procédure pouvant entraîner une amende atteignant 10% du chiffre d’affaires de Netflix. En Allemagne, des tribunaux ont déjà annulé des clauses comparables, tandis qu’en Espagne, l’association FACUA a initié des poursuites pour des raisons analogues.
Quant à la France, l’UFC-Que Choisir a indiqué ne pas avoir encore de position officielle sur la question, évoquant que la situation était encore « trop tôt » pour agir. Toutefois, l’affaire italienne pourrait servir d’exemple pertinent. Les contrats Netflix, en effet, présentent des similitudes dans toute l’Europe, ce qui pourrait inciter les associations françaises à examiner de plus près ces hausses tarifaires.
Le raisonnement juridique retenu par le tribunal de Rome repose sur des principes de droit de la consommation que plusieurs pays européens partagent, notamment la directive européenne 93/13/CEE. Cette directive vise à protéger les consommateurs contre des clauses créant un déséquilibre excessif dans les contrats. Ainsi, la décision italienne pourrait avoir des répercussions bien au-delà des frontières de la péninsule.
À plus long terme, une telle décision pourrait contraindre Netflix à revoir sa stratégie tarifaire à l’échelle européenne. Cela pourrait également influencer l’ensemble du marché du streaming vidéo, qui fait face à des défis croissants en matière de transparence et de protection des consommateurs. Les abonnés français, bien que pour l’instant non concernés par une action en justice similaire, pourraient se retrouver à la croisée des chemins si des changements significatifs se produisent dans la politique tarifaire de Netflix.