Le 8 avril 2026, Nicolas Sarkozy a poursuivi son interrogatoire au palais de justice de Paris dans le cadre de son procès en appel concernant le financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. L’ancien président français a réitéré sa thèse selon laquelle les accusations portées contre lui seraient le fruit d’une manipulation orchestrée par le clan Kadhafi, motivée par la « haine » que ce dernier aurait nourrie envers lui pour son rôle dans la chute du régime libyen.
EN BREF
- Nicolas Sarkozy affirme que les accusations libyennes sont une machination du clan Kadhafi.
- Il rejette les preuves présentées comme étant insuffisantes et infondées.
- Le procès en appel fait suite à une condamnation à cinq ans de prison en première instance.
La situation en Libye, marquée par le Printemps arabe de 2011, a été un tournant pour de nombreux acteurs internationaux. C’est dans ce contexte que, le 10 mars 2011, Sarkozy reçoit à l’Élysée des membres du Conseil national de transition (CNT), reconnaissant cette institution comme le représentant légitime du pays. Cette action a été perçue comme une grave insulte par Mouammar Kadhafi, qui dirigeait la Libye d’une main de fer depuis 42 ans.
Sarkozy a souligné que cette rencontre avait été vécue comme un choc pour Kadhafi, déclarant : « Je suis le premier à avoir reconnu le CNT. Là est l’insulte profonde pour Kadhafi. Pour lui, la Libye, c’est lui. » Ce rapprochement a été suivi d’une dépêche de l’agence de presse libyenne, Jana, qui évoquait un « grave secret » pouvant entraîner la chute de Sarkozy, un premier signal de ce qui allait devenir une affaire judiciaire complexe.
En effet, les accusations de financement de sa campagne électorale par la Libye ont refait surface à plusieurs reprises, notamment par les déclarations de Kadhafi et de son fils, Saïf al-Islam, qui ont évoqué ce sujet dans des interviews. À ce sujet, Sarkozy a déclaré : « Il y a sept mois entre le moment où les frappes de l’Otan commencent et le moment où Mouammar Kadhafi est chassé du pouvoir. Sept mois pour me confondre, pour m’accabler. Qu’est-ce qui les empêchait de le faire ? »
Face aux questions de la cour, Sarkozy a insisté sur le fait qu’aucune preuve tangible n’avait été apportée contre lui : « A-t-on trouvé de l’argent dans la campagne ? Non. Ont-ils fourni des preuves ? Non. M’ont-ils injurié ? Oui, mais l’injure est-elle un élément de preuve ? »
Un autre moment clé de son interrogatoire a été l’évocation des carnets posthumes de Choukri Ghanem, ancien ministre du Pétrole libyen, dont le contenu a été découvert après sa mort en 2012. Ces documents mentionnent une discussion autour d’un financement accordé à la campagne de Sarkozy. Toutefois, l’ancien président a balayé ces accusations, arguant que « Béchir Saleh a lui-même apporté un démenti formel de cette discussion ».
Sarkozy a attribué les accusations contre lui à une « haine viscérale » du clan Kadhafi, alimentée par son rôle dans l’opération militaire de l’Otan, qui a débuté le 19 mars 2011. Il a avancé que la chute d’un régime au pouvoir depuis plus de 40 ans a provoqué une panique chez les membres du clan Kadhafi, qui craignaient pour leur avenir et leurs finances.
En première instance, le tribunal correctionnel a relaxé Sarkozy de trois des quatre infractions qui lui étaient reprochées, mais l’a condamné pour association de malfaiteurs. Les juges ont estimé que bien que 6,5 millions d’euros aient été envoyés par la Libye en janvier et novembre 2006, le lien entre ces fonds et la campagne électorale de Sarkozy n’avait pas été établi. Ils ont également noté que ses collaborateurs, Claude Guéant et Brice Hortefeux, avaient tenté de négocier avec le régime libyen, ce qui a contribué à l’accusation d’association de malfaiteurs.
Ce procès en appel soulève de nombreuses questions sur l’interaction entre la politique internationale et les affaires intérieures françaises, tout en mettant en lumière les répercussions durables du Printemps arabe sur les figures politiques de l’époque.