Nicolas Sarkozy face à la justice : un retour au procès sur le financement libyen

Ce mercredi, l’ex-président français Nicolas Sarkozy se retrouve à nouveau dans le box des accusés, au palais de justice de Paris. Il doit répondre aux questions concernant deux écrits de son ancien conseiller Claude Guéant, dans le cadre d’un procès en appel. Ce dernier porte sur des accusations de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, un sujet qui suscite de vives tensions.

EN BREF

  • Nicolas Sarkozy est interrogé sur des documents de Claude Guéant au procès en appel.
  • Claude Guéant, ancien secrétaire général, contredit les affirmations de Sarkozy par écrit.
  • Le procès, qui doit se conclure fin mai, met en jeu l’honneur de Sarkozy et sa liberté.

Malade, Claude Guéant, âgé de 81 ans, ne peut assister aux débats. Toutefois, il a appris à distance les insinuations de Nicolas Sarkozy, qui a suggéré lors de son témoignage que son ancien bras droit pouvait avoir agi par intérêt personnel. Guéant a réagi en fournissant des attestations, dans lesquelles il ne l’incrimine pas directement, mais qui remettent en question l’unité qui avait jusqu’alors prévalu entre eux.

Rouage essentiel dans la conquête de l’Élysée puis dans la gestion du pouvoir, Guéant insiste sur le fait qu’il n’a fait que « suivre les instructions » de Nicolas Sarkozy. Ce procès est crucial non seulement pour Sarkozy, qui a déjà purgé 20 jours de prison après une condamnation pour association de malfaiteurs, mais aussi pour son image publique. Il est accusé d’avoir laissé Guéant et un autre ancien ministre, Brice Hortefeux, discuter d’un financement occulte auprès des autorités libyennes, ce que les trois hommes nient fermement.

Les Libyens auraient, en échange de ce financement, exigé des contreparties diplomatiques et économiques, ainsi qu’un examen de la situation judiciaire de Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi et ancien numéro deux du régime libyen. Ce dernier est visé par un mandat d’arrêt international en raison de sa condamnation en France pour avoir orchestré l’attentat du DC-10 d’UTA, qui a coûté la vie à 170 personnes.

Lors de cette cinquième journée d’interrogatoire, la question de Senoussi devrait revenir au centre des débats. Nicolas Sarkozy est-il intervenu, à la demande de Kadhafi, pour examiner le sort de Senoussi lors d’un dîner officiel à Tripoli en juillet 2007 ? Claude Guéant affirme que oui, tandis que Sarkozy oppose un « démenti formel » à cette allégation.

Un autre sujet sensible concerne une réunion en Libye fin 2005, à laquelle auraient participé Thierry Herzog, ancien avocat de Sarkozy, et un autre confrère, Francis Szpiner. Cette réunion portait sur la situation juridique de Senoussi. Initialement, Sarkozy avait affirmé n’en avoir rien su, mais il a récemment jugé la présence de Herzog crédible à la lumière des éléments du dossier. Il insiste néanmoins sur le fait qu’il n’a pas été informé de cette rencontre, tandis que Guéant prétend que Herzog avait informé le président de la mission qui lui avait été confiée.

Claude Guéant soutient également que Sarkozy était « forcément au courant » de ses quatre voyages en Libye entre 2008 et 2010, effectués à sa demande pour des questions diplomatiques et commerciales. Sarkozy, de son côté, prétend ne pas se souvenir de ces voyages, mais il réaffirme qu’aucune promesse n’a été faite en faveur de Senoussi. Guéant, quant à lui, ne contredit pas ce point, précisant qu’il avait agi en toute connaissance de cause, sachant qu’aucune action ne pouvait être entreprise pour Senoussi à ce moment-là.

Ce procès, qui devrait s’achever fin mai, représente un moment décisif pour Nicolas Sarkozy, tant sur le plan judiciaire que sur celui de son honneur. Les débats se poursuivent, et la décision finale sera rendue en novembre, dans un contexte où la confiance du public envers l’ancien président est déjà mise à rude épreuve.