Ce mardi 7 avril, Nicolas Sarkozy a pris la parole lors de son interrogatoire devant la cour d’appel de Paris. Il a réagi aux témoignages des familles de victimes de l’attentat du DC-10 d’UTA, affirmant être « innocent » dans l’affaire de financement libyen présumé de sa campagne présidentielle victorieuse de 2007. Ce procès, qui s’est ouvert à la mi-mars, a vu l’ex-président adopter une attitude plus réservée qu’auparavant, contrastant avec son comportement lors du procès en première instance où il s’était montré particulièrement volubile.
EN BREF
- Nicolas Sarkozy s’exprimant sur le financement libyen de sa campagne de 2007.
- Les familles des victimes expriment leur douleur face au silence des autorités.
- Brice Hortefeux maintient sa version des faits devant la cour.
Lors de cet interrogatoire qui pourrait durer jusqu’à quatre jours, le président de la cour a invité Sarkozy à répondre aux témoignages poignants de plusieurs proches des victimes. Ces derniers, réunis au sein de l’association « les filles du DC-10 », ont dénoncé le « déni » et le « mensonge » des prévenus, affirmant que leur souffrance avait été ignorée. L’une d’elles a exprimé : « Le déluge médiatique autour de l’ancien chef de l’État nous a sidérés, nous nous sommes sentis très seuls. L’État est censé nous protéger, nous accompagner et nous soutenir. »
Au cœur de cette affaire, Nicolas Sarkozy est soupçonné d’avoir permis à ses collaborateurs de négocier un financement libyen pour sa campagne présidentielle avec Abdallah Senoussi, un dignitaire libyen condamné pour son rôle dans cet attentat tragique de 1989, qui a coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français. À l’audience, une des veuves a déclaré : « Le désert du Ténéré est imbibé du sang de 170 personnes assassinées par Senoussi. »
Dans un moment de gravité, l’ex-président a exprimé sa compassion pour les victimes, déclarant : « J’aurais eu la même colère, le même chagrin. C’est impossible d’avoir une réponse à la hauteur des souffrances exprimées. » Il a insisté sur le fait que « la vérité » est la seule façon de répondre à une douleur aussi profonde, tout en réaffirmant son innocence : « Je suis innocent. »
Nicolas Sarkozy a martelé : « La vérité, c’est qu’il n’y a pas un centime d’argent libyen dans ma campagne. Je n’ai jamais agi en faveur de M. Senoussi. » Il a rappelé son rôle dans la coalition qui a contribué à la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, marquant ainsi une volonté de défendre son héritage politique.
En première instance, le tribunal l’a relaxé pour trois des quatre infractions retenues contre lui, mais a néanmoins condamné l’ex-président à cinq ans de prison ferme pour association de malfaiteurs, avec exécution provisoire. Ce jugement a marqué une première dans l’histoire politique française, un ancien président étant incarcéré avant d’être libéré sous contrôle judiciaire. Les juges avaient établi que bien que le financement libyen n’ait pas été prouvé comme ayant alimenté sa campagne, Sarkozy avait laissé ses proches démarcher le pouvoir libyen à des fins financières.
À cette nouvelle audience, la cour d’appel n’a pas pu entendre Claude Guéant, qui, selon une expertise médicale, n’est pas en état de comparaître. En revanche, Brice Hortefeux a pris la parole pendant trois jours, maintenant sa version des faits et affirmant qu’il n’était pas au courant d’un projet de financement lors de sa rencontre avec Senoussi. Il a décrit cette rencontre comme un « piège » orchestré par Ziad Takieddine, un intermédiaire controversé, aujourd’hui décédé.
Alors que le procès se poursuit, les tensions entre les témoignages des familles des victimes et les déclarations de l’ex-président augmentent, reflétant des enjeux émotionnels et juridiques significatifs. Le verdict final de cette affaire, qui doit se conclure à la fin du mois de mai, pourrait avoir des répercussions majeures tant sur la carrière de Nicolas Sarkozy que sur la mémoire des victimes de l’attentat du DC-10.