Ostéopathie chez les nourrissons : des pédiatres s’interrogent sur son efficacité

Depuis plusieurs mois, l’ostéopathie appliquée aux nourrissons est au cœur d’un vif débat. Alors que de plus en plus de parents envisagent cette pratique pour leurs bébés, des experts, notamment des pédiatres et des sociétés savantes, remettent en question son bien-fondé.

EN BREF

  • Les pédiatres remettent en cause l’ostéopathie chez les nourrissons avant 6 mois.
  • Des études indiquent que cette pratique n’est pas soutenue par des preuves scientifiques solides.
  • Les inquiétudes des parents face aux symptômes bénins sont souvent exagérées.

Les raisons pour lesquelles de nombreux parents se tournent vers l’ostéopathie pour leurs bébés sont variées. Ces motifs incluent des problèmes tels que le torticolis, la plagiocéphalie positionnelle ou encore des troubles du sommeil. Toutefois, des professionnels de santé, tels que le pédiatre Arnaud Pfersdorff, s’alarment d’une tendance à consulter des ostéopathes sans nécessité médicale. Sur le plateau de la Maison des Maternelles, il a déclaré : « Nous-mêmes, pédiatres, nous voyons des enfants de 3 semaines, 1 mois qui arrivent pour une première consultation au cabinet de pédiatrie. Pourtant, ils ont vu l’ostéopathe une voire deux fois alors qu’ils vont bien. » Selon lui, les crânes des nouveau-nés, qui sont malléables, se corrigent souvent d’eux-mêmes avec le temps, et les inquiétudes des parents sont souvent infondées.

La controverse a pris de l’ampleur avec la déclaration de l’Académie nationale de médecine, qui a souligné que les arguments en faveur de l’ostéopathie chez les nourrissons reposaient sur des affirmations non vérifiées. Elle a également mis en lumière le fait que ces pratiques, non remboursées par l’Assurance maladie, sont souvent promues de manière agressive au sein des maternités, incitant les parents à dépenser pour des soins dont l’efficacité n’est pas prouvée.

Face à cette situation, l’Ordre des masseurs-kinésithérapeutes a réagi en alertant sur le non-respect des réglementations encadrant la pratique de l’ostéopathie. Selon la législation en vigueur, l’ostéopathe ne peut intervenir sur des nourrissons de moins de 6 mois qu’avec un diagnostic médical préalable attestant l’absence de contre-indication. La présidente de l’Ordre, Pascale Mathieu, a exprimé ses préoccupations quant à la perception erronée des parents, qui pourraient croire que chaque naissance est un traumatisme nécessitant des soins ostéopathiques.

En réponse aux critiques, la Société européenne de recherche en ostéopathie périnatale et pédiatrique a défendu la pertinence de son approche, arguant que les ostéopathes formés peuvent identifier des désorganisations chez les nourrissons et appliquer des techniques manuelles adaptées. Ils soutiennent que, dans certains cas, une prise en charge précoce peut être bénéfique.

Le 28 avril 2025, la Société Française de Pédiatrie (SFP) et le Syndicat de Médecine Manuelle Ostéopathie de France (SMMOF) ont réitéré leur position en plaidant contre l’ostéopathie chez les nouveau-nés, en l’absence de preuves d’efficacité. Ils mettent également en avant le risque potentiel des manipulations sur des bébés, qui sont souvent inutiles.

Avec un doublement du nombre d’ostéopathes en dix ans, passant de 20 000 en 2014 à 40 000 en 2024, la SFP et le SMMOF ont souligné l’angoisse croissante des jeunes parents face à des symptômes bénins, exacerbée par le manque de temps des professionnels de santé pour les rassurer. La présidente de la SFP, la Pre Agnès Linglart, a déclaré : « Ce recours à l’ostéopathie semble se diffuser, avec une vulnérabilité des jeunes parents démunis qui cherchent des solutions. Il y a besoin d’une clarification. »

Enfin, deux études françaises menées au CHU de Nantes et au CHU de Montpellier n’ont pas démontré l’intérêt de l’ostéopathie néonatale, concluant qu’elle ne devrait pas être recommandée dans ces conditions. Aucune complication n’a été rapportée, mais l’absence d’effets positifs soulève des questions sur l’utilité de cette pratique.

En somme, le débat autour de l’ostéopathie pour les nourrissons met en lumière les préoccupations des pédiatres face à une pratique en plein essor, soulevant des interrogations sur l’efficacité et la sécurité de ces interventions.