Le tribunal de Nanterre a entendu ce mercredi les réquisitions à l’encontre de l’ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany. La procureure a demandé une peine de trois ans d’emprisonnement, dont 18 mois ferme, dans le cadre d’une affaire de détournement de fonds publics et de prise illégale d’intérêts.
EN BREF
- Patrick Balkany, ancien maire de Levallois-Perret, jugé pour détournement de fonds.
- La procureure réclame 18 mois ferme, une amende de 350 000 euros et 10 ans d’inéligibilité.
- Le procès se poursuit avec une seconde affaire sur l’utilisation illégale de policiers.
Patrick Balkany, âgé de 77 ans, a vu le parquet souligner l’importance des faits reprochés, considérés comme une atteinte à la société et à l’État. Ce procès a mis en lumière les liens entre l’ancien élu et son ex-directeur du développement économique, Renaud Guillot-Corail, décédé en 2020. Il lui était reproché d’avoir utilisé une association subventionnée par la ville, intitulée Codeeil, pour garantir des revenus supplémentaires à ce dernier après son départ à la retraite en 2012.
La procureure, Nathalie Foy, a insisté sur le caractère opaque de cette structure qu’elle a qualifiée de « transparente » pour se soustraire aux règles de la fonction publique. Au cours de son mandat, Patrick Balkany a régné sur sa commune pendant plus de 30 ans, consolidant son pouvoir et son influence.
Le fonctionnement de l’association, financée par 855 000 euros de subventions municipales, a également été critiqué. Renaud Guillot-Corail aurait ainsi pu cumuler sa pension avec un salaire dépassant les 11 000 euros par mois. La procureure a dénoncé des voyages de luxe financés par l’argent public, mentionnant des destinations comme Miami et Cuba, en soulignant l’absurdité de ces dépenses au regard des besoins sociaux de la commune.
“L’argent public c’est sacré”, a martelé la procureure, faisant référence aux maigres fonds alloués aux associations caritatives. Agnès Pottier-Dumas, actuelle maire de Levallois-Perret et ancienne directrice de cabinet de Balkany, a également constitué la commune partie civile dans cette affaire.
Les débats, marqués par des tensions palpables, ont vu la présidente du tribunal, Nathalie Ballerini, interroger fermement Patrick Balkany sur la nature de ses relations avec Guillot-Corail. Ce dernier a réagi en dénonçant un « mauvais procès » et en menaçant de ne plus répondre aux questions. La magistrate a alors rappelé l’importance de la courtoisie dans une salle d’audience, invitant Balkany à s’exprimer avec plus de calme.
Au cours de son témoignage, l’ancien maire a évoqué des traumatismes liés à ses précédentes incarcérations, affirmant avoir été traité de manière inhumaine. Son avocat, Robin Binsard, a plaidé pour sa relaxe, critiquant la sévérité des réquisitions et appelant la cour à juger “l’homme et non le baron des Hauts-de-Seine”.
Patrick Balkany, se disant “très serein”, espère que la justice reconnaîtra sa bonne foi. La décision du tribunal sera rendue le 28 mai. Entre-temps, le procès va se poursuivre avec l’examen d’une seconde affaire concernant l’utilisation illégale de policiers comme chauffeurs privés, un sujet que Balkany a refusé d’aborder en raison de problèmes de santé.
Ce procès soulève des questions importantes sur la gestion des fonds publics et la responsabilité des élus, alors que les attentes des citoyens en matière de transparence et d’intégrité restent plus que jamais d’actualité.