Le procès de Patrick Balkany, ancien maire de Levallois-Perret, a connu une journée tumultueuse au tribunal correctionnel de Nanterre le 7 avril 2026. L’audience, consacrée à l’affaire des policiers municipaux utilisés comme chauffeurs personnels, a été marquée par un incident particulièrement tendu.
EN BREF
- Patrick Balkany est jugé pour avoir détourné des fonds publics en utilisant des policiers comme chauffeurs.
- Une altercation a conduit à la suspension de l’audience après des propos enflammés de l’ancien maire.
- Les témoignages révèlent des conditions de travail difficiles pour les chauffeurs affectés à son service.
Après avoir entendu les réquisitions de 18 mois de prison ferme pour un emploi présumé fictif d’un collaborateur, Balkany a dû faire face à des accusations plus graves concernant l’utilisation abusive de policiers municipaux entre 2010 et 2015. Le procureur lui reproche d’avoir dédié des agents de la police municipale, ainsi qu’un fonctionnaire de la police nationale, à des missions personnelles, ce qui constitue un détournement de fonds publics.
Lors de cette audience, l’avocat de la défense, Me Robin Binsard, a évoqué de « graves dysfonctionnements » au sein de l’enquête, lancée en décembre 2012. Il a souligné que cette procédure avait vu défiler neuf juges d’instruction, dont quatre n’avaient entrepris aucune action. Le procureur, de son côté, a fermement contesté cette demande de nullité, rappelant que le temps ne saurait effacer les faits.
La tension est montée d’un cran lorsque Patrick Balkany a exprimé son mécontentement face à la présidence de l’audience. « Le maire en fonction est responsable de tout, le juge… n’est responsable de rien », a-t-il déclaré, provoquant une réaction immédiate de la présidente, Céline Ballerini, qui a décidé d’interrompre les débats en affirmant : « On frôle l’outrage, il vaut mieux qu’on s’arrête. »
Des révélations accablantes
Ce procès met également en lumière des conditions de travail préoccupantes pour les policiers affectés à la protection de Balkany. Un ancien chauffeur a témoigné des difficultés rencontrées, notamment en évoquant le fait qu’il devait dormir chez les Balkany et se sentir traité comme un « larbin de service ». Un autre agent a relaté des expériences similaires, notamment des séjours à la Villa Pamplemousse à Saint-Martin, où il accompagnait l’épouse de l’élu dans des déplacements privés.
La défense de Balkany a tenté de justifier l’utilisation de ces agents par des raisons de sécurité, rappelant qu’il avait créé la police municipale en 1983 à la demande de Charles Pasqua en réponse à des menaces sur sa personne. Il a affirmé que le recours à des policiers « volontaires » et « sportifs » était une solution économique pour la commune.
Les témoignages des chauffeurs décrivent cependant un tableau peu flatteur de cette protection, où les obligations professionnelles se mêlent à des activités de loisir pour le maire. Les enquêtes avaient été déclenchées à la suite de plaintes concernant un « malaise » au sein de la police municipale, notamment en raison de détachements de chauffeurs envoyés dans des lieux exotiques.
En dépit des révélations et des tensions au sein du tribunal, l’audience doit se poursuivre dans les jours à venir, alors que les enjeux sont considérables pour l’ancien maire, dont la réputation et la liberté sont en jeu.
Ce procès soulève des questions fondamentales sur l’utilisation des ressources publiques et la responsabilité des élus. La suite des débats sera scrutée de près, tant par les médias que par le public, curieux de connaître l’issue de cette affaire qui pourrait marquer un tournant dans la carrière de Patrick Balkany.