Patrick Balkany en procès pour détournement de fonds : tensions au tribunal de Nanterre

Le tribunal correctionnel de Nanterre a été le théâtre d’une audience tumultueuse ce jeudi, concernant l’ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany. Âgé de 77 ans, ce dernier est accusé d’avoir utilisé des policiers municipaux comme chauffeurs personnels, une affaire qui suscite de vives tensions au sein de la salle d’audience.

EN BREF

  • Patrick Balkany est jugé pour détournement de fonds publics.
  • Des tensions ont éclaté lors de l’audience, provoquant une suspension.
  • Les témoignages révèlent des conditions de travail difficiles pour les chauffeurs.

Lors de cette audience, l’ex-maire a été confronté à des réquisitions de 18 mois de prison ferme liées à l’emploi présumé fictif d’un collaborateur. Mais ce jeudi, il s’agissait d’un second volet de son procès, où la justice lui reproche d’avoir détourné des fonds publics entre 2010 et 2015. Patrick Balkany aurait affecté des agents de la police municipale ainsi qu’un fonctionnaire de la police nationale à son service personnel, pour des trajets privés.

Les débats ont rapidement pris une tournure houleuse, illustrant les tensions palpables dans la salle. L’avocat de la défense, Me Robin Binsard, a dénoncé des « dysfonctionnements majeurs » dans l’enquête, qui a vu se succéder neuf juges d’instruction depuis son ouverture en 2012. En réponse, le procureur a rappelé que « le temps ne fait rien à l’affaire », provoquant la colère de Balkany qui a exprimé son indignation face à la présidente du tribunal, Céline Ballerini.

Ce dernier a déclaré : « Le maire en fonction est responsable de tout, le juge (…) n’est responsable de rien », avant que la présidente ne décide d’interrompre les débats, jugeant que « l’on frôle l’outrage ». Ce moment de tension a mis en lumière la complexité de ce dossier, où la limite entre l’autorité publique et l’usage personnel des ressources est mise en question.

Des accusations graves et des témoignages accablants

À l’origine de l’enquête, des plaintes évoquant un « malaise » au sein de la police municipale ont été déposées. Une lettre anonyme avait soulevé des interrogations sur les détachements de chauffeurs, dont certains auraient été envoyés jusqu’aux Caraïbes. Avant l’interruption de l’audience, Balkany a été interrogé sur l’utilisation de véhicules de service à des fins personnelles, un avantage illégal pour un élu local.

Avec ironie, il a commenté : « Un chauffeur m’emmenait à la plage faire des châteaux de sable », tout en se plaignant de la mauvaise acoustique de la salle. Malgré ses tentatives de défendre sa position, des témoignages de policiers ont révélé un quotidien difficile. Un ancien chauffeur a rapporté avoir perdu du poids à cause de conditions de travail éprouvantes, se décrivant comme un « larbin de service ».

Un autre agent a évoqué ses séjours à la Villa Pamplemousse à Saint-Martin, où il a reconnu avoir été « vraiment en vacances », mais a également mentionné ses trajets avec l’épouse de Balkany au casino. Ces révélations jettent une ombre sur les justifications avancées par l’ancien maire, qui prétendait avoir agi pour des raisons de sécurité.

Une audience marquée par des anecdotes et des déclarations provocatrices

En justifiant son choix de policiers « volontaires », Balkany a rappelé avoir fondé la police municipale en 1983 à la demande de Charles Pasqua, évoquant des violences subies, dont une attaque à coup de hache. Selon lui, il a agi ainsi pour faire des économies à la commune. Pourtant, les auditions des chauffeurs dépeignent une réalité bien différente, marquée par des abus et une exploitation des ressources publiques.

Les témoignages mettent en lumière la dualité de la situation, où l’ancien maire oscille entre la défense de son action et des anecdotes qui semblent minimiser des faits graves. Il a même tenté de se présenter sous un jour généreux, évoquant des invitations de Johnny Hallyday pour ses chauffeurs. Alors que l’audience doit se poursuivre vendredi, les déclarations de Balkany et les témoignages des policiers dessinent un tableau complexe d’un système de protection qui pourrait bien masquer des abus de pouvoir.

Au fur et à mesure que le procès progresse, il devient évident que les enjeux dépassent le simple cadre judiciaire, touchant à des questions plus larges de responsabilité et de moralité dans l’exercice du pouvoir local.