Le parquet gĂ©nĂ©ral a demandĂ©, ce vendredi, d’alourdir les peines Ă vingt ans de rĂ©clusion criminelle pour deux hommes impliquĂ©s dans la campagne de haine qui a prĂ©cĂ©dĂ© l’assassinat de Samuel Paty. Ce dernier a Ă©tĂ© dĂ©capitĂ© par un jihadiste tchĂ©tchĂšne aprĂšs avoir montrĂ© des caricatures du ProphĂšte lors d’un cours sur la libertĂ© d’expression. Cette demande intervient dans le cadre de l’appel des peines prononcĂ©es Ă leur encontre.
EN BREF
- Le parquet exige vingt ans de réclusion pour Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov.
- Les deux hommes sont jugĂ©s pour complicitĂ© d’assassinat, liĂ©s Ă la campagne de haine.
- Les actions des accusés ont semé la terreur au sein du collÚge de Samuel Paty.
Les deux accusĂ©s, NaĂŻm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, sont dĂ©crits comme des « compagnons de route » d’Abdoullakh Anzorov, l’assassin de Samuel Paty. Bien qu’ils aient niĂ© toute intention criminelle, l’accusation a soulignĂ© qu’ils avaient conscience du projet terroriste de leur ami, mĂȘme s’ils prĂ©tendent ne pas avoir Ă©tĂ© informĂ©s des dĂ©tails prĂ©cis de son acte.
Lors de l’audience, l’une des avocates gĂ©nĂ©rales a plaidĂ© pour que la cour d’assises spĂ©ciale de Paris impose une pĂ©riode de sĂ»retĂ© de deux tiers, durant laquelle aucun amĂ©nagement de peine ne serait envisageable. Cette mesure a Ă©galement Ă©tĂ© demandĂ©e pour deux autres hommes, Brahim Chnina, 54 ans, et Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, qui sont rejugĂ©s pour leur rĂŽle dans cette cabale en ligne qui a ciblĂ© le professeur.
Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui avaient Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă 13 et 15 annĂ©es de rĂ©clusion criminelle en premiĂšre instance, mais ils contestent ces dĂ©cisions. Bien qu’ils n’aient pas connu Anzorov, leur implication dans la campagne de dĂ©nigrement a Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme une contribution Ă la crĂ©ation d’un climat propice Ă la violence.
Le 16 octobre 2020, Samuel Paty a Ă©tĂ© tuĂ© prĂšs de son collĂšge Ă Conflans-Sainte-Honorine. La campagne de haine qui l’a prĂ©cĂ©dĂ©e a Ă©tĂ© qualifiĂ©e de « terreur » par l’accusation, qui a insistĂ© sur le fait que les actions des accusĂ©s ont contribuĂ© Ă un environnement d’intimidation au sein de l’Ă©tablissement scolaire.
Un procÚs aux enjeux sociétaux
L’accusation a soulignĂ© que ce dossier revĂȘt des enjeux sociĂ©taux importants, en particulier la protection de l’Ă©cole, considĂ©rĂ©e comme un « fondement de la RĂ©publique ». Une avocate gĂ©nĂ©rale a affirmĂ© que le procĂšs doit ĂȘtre un exemple pour prĂ©venir de futurs actes similaires et traiter des questions de sĂ©curitĂ© nationale.
La communautĂ© Ă©ducative a Ă©tĂ© profondĂ©ment marquĂ©e par cet acte de violence. Le crime de Samuel Paty a Ă©galement ravivĂ© les tensions dans un pays dĂ©jĂ sous pression, notamment avec des menaces d’Al-QaĂŻda suite Ă la republication des caricatures par Charlie Hebdo.
Les lignes de défense des accusés
Brahim Chnina a exprimĂ© un sentiment d’injustice, affirmant que sa fille avait Ă©tĂ© injustement exclue de la classe Ă cause de rumeurs concernant le cours de Samuel Paty. Cette dĂ©claration a Ă©tĂ© contestĂ©e par l’accusation, qui a mis en avant les motivations rĂ©elles des accusĂ©s, liĂ©es Ă la question du blasphĂšme.
De son cĂŽtĂ©, Abdelhakim Sefrioui a tentĂ© de justifier ses actions en se prĂ©sentant comme un dĂ©fenseur des droits des musulmans, arguant que Samuel Paty avait stigmatisĂ© les Ă©lĂšves musulmans. Toutefois, l’accusation a rĂ©futĂ© cette dĂ©fense, affirmant que les dĂ©clarations passĂ©es des deux hommes dĂ©montrent clairement leur intention d’inciter Ă la haine.
Au fil des audiences, Sefrioui a Ă©tĂ© dĂ©crit par l’accusation comme un « manipulateur » qui cherchait Ă relancer sa carriĂšre dans le militantisme islamiste. Les rĂ©quisitions de l’accusation visent donc Ă faire passer un message fort sur la nĂ©cessitĂ© de lutter contre toute forme de radicalisation.
Le verdict de la cour d’assises spĂ©ciale de Paris est attendu avec impatience, alors que la sociĂ©tĂ© française demeure en quĂȘte de rĂ©ponses et de justice face Ă cet acte de terrorisme qui a bouleversĂ© le paysage Ă©ducatif et social de la France.