Pénurie de dermatologues : des solutions alternatives pour les patients en attente

Alors que la France fait face à une pénurie alarmante de dermatologues, avec des délais d’attente atteignant en moyenne trois mois pour un rendez-vous, de nombreuses alternatives se dessinent pour les patients. Certaines régions, comme l’Ariège ou la Lozère, ne comptent même plus de praticiens en exercice, exacerbant ainsi la situation pour les 16 millions de Français concernés par des pathologies cutanées nécessitant un suivi régulier.

EN BREF

  • Les délais d’attente pour consulter un dermatologue atteignent jusqu’à quatre mois dans certaines villes.
  • Des alternatives comme le Mobil’derm et la télé-expertise offrent un soutien aux patients.
  • La prévention et l’auto-surveillance sont essentielles face à la pénurie de spécialistes.

La chute de 20 % du nombre de dermatologues entre 2007 et 2023 a conduit à cette situation critique. Pour remédier à ce manque, le ministère de la Santé a annoncé des initiatives visant à former davantage de médecins dans ce domaine et à créer des « dispositifs incitatifs » pour garantir un accès équitable aux soins dermatologiques sur le territoire.

En attendant, des solutions pratiques sont déjà mises en place. Le Pr. Saskia Oro, dermatologue et présidente de la Société française de dermatologie (SFD), souligne que les médecins généralistes peuvent prendre en charge jusqu’à 80 % des pathologies dermatologiques, notamment à des stades précoces. Ils reçoivent des formations complémentaires pour se maintenir à jour dans ce domaine, mais il est crucial qu’ils reconnaissent leurs limites et orientent les patients vers des spécialistes en cas de complications.

La télé-expertise, qui permet aux médecins de demander l’avis d’un dermatologue sur des cas complexes en envoyant des photos, est également un outil précieux. En 2021, 91 % des généralistes avaient recours à cette méthode, facilitée par un soutien gouvernemental pour son développement futur dans les cabinets médicaux.

Cependant, le Pr. Oro met en garde contre les limites de la téléconsultation, en précisant que la qualité des images peut parfois compromettre le diagnostic. Pour pallier cette problématique, la SFD a mis en place le Mobil’derm, un cabinet médical itinérant qui se déplace dans les zones sous-dotées en dermatologues. Ce dispositif, inauguré début 2026, permet aux patients d’accéder à des soins dermatologiques dans des zones où les spécialistes font défaut.

Le Mobil’derm, équipé de tout le nécessaire pour des examens complets, a commencé son parcours en Nouvelle-Aquitaine et s’étendra bientôt à d’autres régions, comme les Hauts-de-France et la PACA. Bien que les créneaux soient limités, il est possible de prendre rendez-vous via Doctolib, en s’assurant de présenter un courrier explicatif pour prioriser les cas urgents.

Dans le cadre de cette crise, la prévention devient primordiale. La SFD a lancé la campagne nationale « Yes, I CAN !« , axée sur l’auto-dépistage des cancers cutanés. Les patients sont encouragés à surveiller toute anomalie sur leur peau, qu’il s’agisse de changements de taille, de forme ou de couleur de boutons ou de grains de beauté.

Les pharmaciens jouent également un rôle dans ce processus de sensibilisation, car ils sont désormais habilités à évaluer certaines lésions cutanées et à vacciner contre le zona. Toutefois, le Pr. Oro rappelle que leur expertise est limitée aux soins quotidiens et qu’ils ne peuvent pas réaliser d’examens dermatologiques approfondis.

Il est également important de démystifier l’idée reçue selon laquelle la pénurie de dermatologues serait due à un déplacement massif vers la médecine esthétique. Un sondage réalisé par la SFD révèle que seulement 25 % des dermatologues pratiquent la médecine esthétique, et ce pour un temps d’activité très limité. Les délais d’attente en dermatologie médicale restent donc un enjeu crucial.

Face à cette situation préoccupante, la collaboration entre généralistes, spécialistes et structures innovantes comme le Mobil’derm pourrait constituer une réponse efficace à la crise actuelle. Néanmoins, l’importance de la prévention et de l’auto-surveillance ne saurait être sous-estimée pour garantir une meilleure prise en charge des patients.