Performances physiques des élèves de 6e : un constat alarmant selon un professeur

Les premières évaluations des compétences physiques des élèves de 6e, réalisées à la rentrée dernière, révèlent des résultats préoccupants. Selon les données du ministère de l’Éducation nationale, seulement 34,2 % des collégiens disposent d’une endurance jugée satisfaisante, ce qui équivaut à être capable de courir six minutes à une vitesse maximale de 10 km/h.

EN BREF

  • 34,2 % des élèves de 6e ont une endurance suffisante.
  • Les performances varient selon le type d’établissement et le genre.
  • Des solutions sont proposées pour améliorer l’éducation physique.

Cette évaluation a impliqué 270 000 élèves, et les résultats mettent en lumière des disparités notables. Près de la moitié des participants n’ont pas réussi à courir plus de quatre minutes, tandis que les performances en sprint et en force musculaire sont légèrement meilleures, avec respectivement 55 % et 45,5 % d’élèves atteignant les niveaux satisfaisants.

Des inégalités frappantes

Les données révèlent également des inégalités profondes selon le profil social des établissements. Le ministère précise que « le taux de maîtrise satisfaisante croît avec le profil social de l’établissement », indiquant que les collèges mieux dotés en ressources affichent de meilleures performances sportives. De plus, les résultats des garçons surpassent ceux des filles dans toutes les évaluations.

Pour mieux comprendre ce phénomène, le HuffPost a interviewé Guillaume Dietsch, professeur agrégé en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS) et co-auteur de l’ouvrage La France n’est pas un pays de sport, publié en septembre 2025. Selon lui, ces résultats ne sont pas étonnants, mais confirment plutôt les observations des enseignants d’éducation physique sur le terrain.

Les freins à la pratique sportive

Guillaume Dietsch souligne plusieurs obstacles à l’accès au sport, notamment ceux rencontrés dans les milieux défavorisés. Parmi ces freins, le coût économique de la pratique sportive, ainsi que des contraintes sociales et professionnelles, sont cruciaux. Par exemple, dans les familles monoparentales, les parents rencontrent souvent des difficultés pour accompagner leurs enfants dans des activités sportives.

Repenser l’éducation physique

Pour améliorer la situation, Dietsch propose plusieurs leviers. Premièrement, il est essentiel de garantir l’effectivité des heures obligatoires d’éducation physique, qui s’élèvent à quatre heures par semaine en 6e et trois heures pour les autres niveaux. Actuellement, en raison du manque d’équipements, notamment de piscines, seulement 70 % des heures sont réellement dispensées.

Il préconise également la mise en place de dispositifs de soutien ciblés, encadrés par des professeurs d’EPS, afin de répondre aux enjeux de sédentarité, de surpoids et d’obésité. Bien que des initiatives comme les classes « sport santé » existent, elles demeurent expérimentales et nécessitent un développement à plus grande échelle.

Adapter le modèle sportif

Un autre point soulevé par Dietsch concerne le décrochage sportif observé autour de 11 ou 12 ans, en particulier chez les filles. Il souligne que le modèle sportif actuel, centré sur la compétition, doit évoluer pour répondre aux motivations des jeunes d’aujourd’hui, qui privilégient davantage la santé et le bien-être. S’inspirer des pratiques norvégiennes, axées sur la diversité des activités sportives et l’inclusivité, pourrait aider à contrer ce phénomène.

Les inégalités entre les genres dans la pratique sportive sont également préoccupantes. Une étude récente de la MGEN a mis en lumière plusieurs obstacles rencontrés par les adolescentes, notamment le manque d’espaces sportifs sécurisés. Bien que des initiatives comme le plan visant à créer 5 000 équipements sportifs en France aient été lancées, il reste à s’assurer que ces espaces soient accessibles et accueillants pour les filles.

Enfin, les résultats des évaluations physiques des élèves de 6e ne font que refléter des enjeux plus larges, tels que la sédentarité et le temps passé devant des écrans. Ces éléments sont à mettre en relation avec l’évolution des loisirs des enfants, qui passent de plus en plus de temps à l’intérieur. Cela soulève également des questions sur l’organisation de nos villes et le sentiment d’insécurité ressenti par les parents, qui limite l’autonomie des enfants.