Pérou : le scrutin présidentiel controversé exacerbe les tensions politiques

Le climat politique au Pérou est particulièrement tendu à l’approche de l’élection présidentielle, alors que des allégations de fraude électorale émergent. Le candidat ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga a rassemblé des centaines de partisans à Lima, exigeant l’annulation des résultats du scrutin, qu’il qualifie de « fraude ».

EN BREF

  • Rafael Lopez Aliaga demande l’annulation du scrutin, dénonçant des fraudes.
  • Keiko Fujimori en tête des résultats partiels avec près de 17 % des voix.
  • Plus de 50.000 électeurs ont dû voter un jour après la date prévue.

Lors d’un rassemblement le 14 avril 2026, Rafael Lopez Aliaga a déclaré aux autorités électorales qu’il leur laissait « 24 heures » pour annuler le scrutin. Environ 50.000 électeurs n’ont pas pu voter le dimanche précédent à cause de problèmes logistiques, ce qui a exacerbé les tensions. « Je suis indignée par cette fraude dégoûtante », a exprimé Jennifer Jimenez, une manifestante, soulignant la colère croissante parmi la population.

Keiko Fujimori, candidate et fille de l’ancien président autocrate Alberto Fujimori, mène actuellement les résultats avec près de 17 %, alors que la compétition pour la seconde place reste ouverte. Rafael Lopez Aliaga, bien qu’en deuxième position, voit son avance sur le candidat de gauche radicale Roberto Sanchez se réduire, ce dernier ayant obtenu environ 11 % des voix.

Lopez Aliaga, qui est perçu comme l’un des favoris, a également appelé à une mobilisation nationale si ses exigences ne sont pas satisfaites. « Nous voulons de nouvelles élections », scandait la foule, illustrant ainsi un désir palpable de changement parmi les électeurs.

Les accusations de fraude se heurtent à la réalité des dysfonctionnements observés lors du vote. Le politologue Eduardo Dargent note que ces problèmes ont fourni des arguments à ceux qui conteste le résultat, et Annalisa Corrado, cheffe de la mission d’observation de l’Union européenne, a indiqué qu’il n’existe pas d’éléments objectifs soutenant ces accusations pour le moment, bien que des « graves dysfonctionnements » aient été constatés.

Le jury national des élections (JNE) a déjà déposé une plainte contre des responsables de l’Office national des processus électoraux (ONPE) pour atteinte au droit de vote. Un responsable a été arrêté, et des enquêtes sont en cours concernant un sous-traitant impliqué dans le processus électoral.

Les différences de voix entre les candidats étant très serrées, Keiko Fujimori a appelé à la prudence et au respect des résultats. Dans un pays où l’instabilité politique est devenue la norme, certains électeurs expriment leur frustration face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de contrôle sur le processus électoral. Yeraldine Garrido, une réceptionniste de 35 ans, a déclaré : « Il n’y a aucun contrôle. On ne sait même pas si les résultats sont vrais. Il faudrait refaire des élections. »

Ce scrutin, qui a mobilisé plus de 27 millions d’électeurs, marque également le retour d’un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990. Alors que les candidats rivalisent de promesses, notamment sur des sujets aussi sensibles que la criminalité, les tensions politiques risquent de s’intensifier à mesure que le pays se dirige vers le second tour prévu le 7 juin prochain.

Les Péruviens doivent se préparer à un nouveau chapitre de leur histoire politique, où les résultats des élections pourraient avoir un impact significatif sur l’avenir du pays. Le prochain président sera investi le 28 juillet, et les conséquences des élections de cette année pourraient se faire sentir bien au-delà de cette date.