Pouvoir d’achat des Français : une baisse persistante au cœur des mobilisations sociales

Alors que les mobilisations sociales se multiplient cet automne, notamment celle prévue ce jeudi pour défendre les salaires, la question du pouvoir d’achat des Français reste d’actualité. En effet, ce dernier est en forte baisse, en raison d’une inflation élevée, ce qui suscite de vifs débats sur l’ampleur de ce recul.

EN BREF

  • Le pouvoir d’achat a baissé de 0,7 % en 2025 et devrait reculer de 0,6 % en 2026.
  • Une hausse des dépenses contraintes pèse sur le budget des ménages, aggravant la situation.
  • Des économistes remettent en question les méthodes de calcul de l’Insee concernant le pouvoir d’achat.

Une évaluation complexe du pouvoir d’achat

L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) évalue le pouvoir d’achat à la fois au niveau macroéconomique et individuel, prenant en compte la taille et la composition des ménages. Le pouvoir d’achat par unité de consommation a en effet reculé de 0,7 % en 2025, avec une prévision d’une nouvelle baisse de 0,6 % en 2026 si la tendance actuelle se maintient. Marie Leclair, responsable du département des comptes nationaux de l’Insee, souligne que cette chute est principalement liée à la reprise de l’inflation, non compensée par les augmentations de salaires et des prestations sociales.

Ce phénomène n’est pas inédit : Fabrice Lenglart, directeur général de l’Insee, rappelle que le pouvoir d’achat a déjà connu des baisses similaires en 1983-1984 et entre 2011 et 2013. Cependant, sur le long terme, le pouvoir d’achat a globalement progressé, avec un ralentissement notable après le premier choc pétrolier en 1973 et la crise financière de 2008-2009.

Les effets de l’inflation sur les ménages

La baisse du pouvoir d’achat des ménages est également exacerbée par l’augmentation des dépenses contraintes, telles que les loyers, les factures d’énergie et les abonnements. Ces dépenses représentent aujourd’hui près de 30 % du revenu brut des ménages, contre 13,5 % dans les années 60. Ce poids croissant des dépenses contraintes influe directement sur la perception que les Français ont de leur pouvoir d’achat.

Les résultats des enquêtes d’opinion menées par l’Insee indiquent une chute du ressenti du pouvoir d’achat au sein des ménages, qui se sentent de plus en plus éloignés de la réalité statistique. Cette dissonance entre les chiffres et la réalité vécue est source d’inquiétude et de frustration pour beaucoup.

Des critiques sur les méthodes de calcul

Des économistes comme François Geerolf, de l’Institut français d’économie, critiquent les méthodes de calcul de l’Insee, arguant qu’elles pourraient conduire à une surestimation du pouvoir d’achat. Geerolf suggère de ne pas inclure les revenus du capital et d’utiliser le salaire à structure constante pour une évaluation plus précise. Selon lui, le pouvoir d’achat réel est en baisse depuis la crise de 2008, ce qui pourrait entraîner un déclassement généralisé des ménages.

Un rapport parlementaire publié en mai a également mis en lumière les limitations de la notion de pouvoir d’achat, appelant à la publication d’une pluralité d’indicateurs. Cela soulève des questions sur la transparence et la pertinence des données fournies aux citoyens.

Des perspectives incertaines pour 2026

Les prévisions pour 2026 laissent entrevoir un avenir difficile, avec des salaires réels toujours inférieurs de 2,4 % à leur niveau de 2019, tandis que l’Union européenne connaît une progression de 1,4 %. Les Français doivent donc faire face à des augmentations de prix, particulièrement dans des secteurs sensibles tels que l’alimentation et l’énergie, sans compensation adéquate de leurs revenus.

Dans ce contexte, les mobilisations sociales de cet automne pourraient être le reflet d’un malaise plus profond concernant le pouvoir d’achat, et la nécessité d’une réponse adaptée de la part des autorités publiques se fait de plus en plus pressante.