Le Pérou se dirige vers une élection présidentielle marquée par une insécurité croissante et une profonde défiance envers ses dirigeants. Ce dimanche, les électeurs seront appelés à choisir parmi un nombre record de 35 candidats, dans un climat politique particulièrement tendu.
EN BREF
- Le Pérou vote pour son neuvième président en dix ans, avec 35 candidats en lice.
- Plus de 90% des Péruviens expriment leur défiance envers le gouvernement et le Parlement.
- La montée de la violence et de l’insécurité est la principale préoccupation des électeurs.
Avec une absence de favori clair, aucun candidat n’ayant dépassé les 15% d’intentions de vote, un second tour semble inévitable. Ce scrutin, qui se déroule dans un contexte où le vote est obligatoire, pourrait marquer un tournant pour une nation ayant déjà connu de profonds bouleversements politiques.
Plus de 27 millions d’électeurs sont attendus aux urnes, dans un processus qui voit également le retour d’un Parlement bicaméral pour la première fois depuis 1990. Cette élection intervient après une décennie de crises, marquée par la destitution de la moitié des présidents qui se sont succédé depuis 2016.
Dans les rues de Lima, le scepticisme est palpable. Maria Fernandez, une commerçante de 56 ans, confie : « Je ne voterais pour personne. Je me sens tellement déçue par tous les dirigeants. » Ce sentiment se reflète dans les chiffres : selon le Latinobarometro, plus de 90% des Péruviens affirment avoir peu ou aucune confiance dans leurs institutions.
Le scrutin de dimanche présente un bulletin de vote long de 44 cm, témoignant de la complexité des choix qui s’offrent aux électeurs. Parmi les candidats, Keiko Fujimori, qui se présente pour la quatrième fois, semble en tête, suivie de près par d’autres figures politiques, telles que l’humoriste Carlos Alvarez et l’ultraconservateur Rafael Lopez Aliaga.
La question de l’insécurité demeure au cœur des préoccupations. Francisco Garcia, étudiant de 18 ans, souligne : « C’est de loin le sujet le plus préoccupant en raison du niveau incroyable des assassinats et des vols. » Les statistiques sont alarmantes : les homicides ont plus que doublé depuis 2018, atteignant environ 2 600 par an. De plus, les plaintes pour extorsion ont été multipliées par huit, un phénomène largement attribué à l’influence croissante de groupes criminels transnationaux.
Face à cette montée de la violence, les propositions des candidats sont variées, allant de l’édification de prisons dans des zones isolées à des primes pour les policiers qui neutralisent des criminels. Toutefois, ces mesures sont souvent perçues comme populistes et peu réalistes. Francisco Garcia commente : « Ce sont des propositions populistes et peu cohérentes. »
Dans une interview récente, Keiko Fujimori a promis d’expulser les migrants en situation irrégulière, d’attirer des investissements étrangers, et de s’inscrire dans une dynamique conservatrice en Amérique latine, inspirée par l’ancien président américain Donald Trump. Elle mise sur l’héritage de son père, Alberto Fujimori, qui a dirigé le pays avec une main de fer dans les années 1990, et qui reste encore populaire parmi certains segments de la population.
Pour le sociologue David Sulmont, la situation actuelle révèle une déconnexion entre l’offre politique et les attentes de la population. Aucun candidat ne suscite un enthousiasme réel, et la campagne électorale a été marquée par des émotions et des impulsions plutôt que par des propositions concrètes.
Les bureaux de vote ouvriront leurs portes à 07H00 (12H00 GMT) et fermeront à 17H00 (22H00 GMT), tandis que les électeurs se préparent à faire entendre leur voix dans un contexte aussi incertain que critique.