Procès Balkany : le parquet dénonce un comportement démiurgique, la défense crie à la purge

Le procès de Patrick Balkany s’est tenu ce vendredi au tribunal de Nanterre, où le parquet a requis un an de prison ferme à l’encontre de l’ancien maire de Levallois-Perret. Ce dernier est jugé pour détournement de fonds publics dans l’affaire de ses chauffeurs. L’accusation a qualifié son comportement d’« omnipotent » et a dénoncé l’utilisation inappropriée de ressources publiques.

EN BREF

  • Le parquet réclame un an de prison ferme pour Patrick Balkany, 77 ans.
  • L’accusation évoque un détournement de fonds et un comportement démiurgique.
  • La défense dénonce un acharnement judiciaire et réclame la relaxe.

Patrick Balkany, 77 ans, a semblé visiblement affecté lors de l’audience. Le procureur a requis une peine de deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme, accompagné d’une amende de 150 000 euros, ainsi que dix ans d’inéligibilité. Le procureur a souligné que l’ancien maire avait détourné trois policiers municipaux de leurs fonctions, les transformant en « larbins » et « hommes à tout faire ».

« Être maire, c’est être élu, mais ce n’est pas un chèque en blanc », a affirmé le procureur, insistant sur la nécessité de respecter les lois. Cette déclaration a été suivie d’une comparaison avec des élus qui perçoivent la réglementation comme une entrave à leur autorité. Le magistrat a mis en avant que les frais occasionnés par ces détournements s’élevaient à au moins 250 000 euros, trahissant ainsi la confiance des contribuables.

La défense, représentée par Me Robin Binsard, a rétorqué en qualifiant les réquisitions de « totalement déconnectées de la réalité ». Il a dénoncé une instruction qui aurait duré 16 ans sans preuve concrète, comme une géolocalisation des trajets incriminés. « C’est le prix Nobel des pieds nickelés de l’enquête ! » a-t-il ironisé, en exprimant son incompréhension face à l’absence de preuves sur les trajets supposés illicites.

Me Binsard a insisté sur le fait que son client n’était pas un expert en réglementation et qu’il avait agi de bonne foi, se fiant à son directeur de cabinet. Tout en admettant quelques erreurs de jugement concernant les invitations de ses petits-enfants, il a affirmé que Patrick Balkany avait toujours financé ces déplacements de sa propre poche.

Le ton est monté lorsque l’avocat a accusé le procureur d’acharnement judiciaire, comparant son style à celui d’Antoine Fouquier-Tinville, connu pour ses méthodes radicales durant la Révolution française. « Vous êtes comme un procureur révolutionnaire, prêt à condamner sans preuves tangibles », a-t-il déclaré avec véhémence.

À l’extérieur du tribunal, Me Binsard a poursuivi son discours en affirmant que les accusations portées contre son client étaient infondées. Il a insisté sur le fait que les trajets personnels de Patrick Balkany étaient minimes par rapport à l’ensemble des kilomètres parcourus par ses chauffeurs. « On lui reproche une dizaine de trajets sur cinq ans et on demande des peines disproportionnées », a-t-il déclaré.

Ce procès s’inscrit dans une semaine déjà chargée pour Balkany, qui a vu également 18 mois de prison ferme requis contre lui dans une autre affaire. Le tribunal a annoncé que sa décision serait mise en délibéré au 28 mai, laissant en suspens le sort de l’ancien maire.

Les répercussions de cette affaire pourraient être significatives pour l’image publique de Patrick Balkany, déjà ternie par des condamnations antérieures. Le contraste entre les réquisitions du parquet et la défense, qui se voit comme victime d’une vindicte personnelle, pose des questions sur la justice et la politique locale.