Le procès de François Thierry, ancien chef de l’Office central pour la répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis), s’est ouvert ce lundi à Bordeaux. Il est jugé pour complicité de trafic de drogue, dans une affaire qui a fait couler beaucoup d’encre, notamment en raison de la saisie record de sept tonnes de cannabis en 2015. Ce procès, qui s’étendra jusqu’au 31 mars, met en lumière les relations complexes entre les forces de l’ordre et les informateurs, ainsi que les implications de cette affaire sur la lutte antidrogue en France.
EN BREF
- François Thierry, ancien patron de l’Ocrtis, est jugé pour complicité de trafic de drogue.
- Le procès fait suite à la saisie de 7,1 tonnes de cannabis à Paris en 2015.
- L’absence de son co-prévenu, l’informateur Sophiane Hambli, complique les débats.
François Thierry, âgé de 57 ans, a dirigé l’Ocrtis de 2010 à 2016. Son procès s’inscrit dans un contexte où il est accusé d’avoir facilité l’importation de drogues sans en informer complètement les autorités judiciaires. Ce lundi, il s’est présenté devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, vêtu d’un costume sombre et d’une cravate grise, aux côtés de son avocate, Me Angélique Peretti.
Le tribunal est confronté à une situation délicate, car le principal co-prévenu, Sophiane Hambli, informateur de la police, n’est pas présent. Actuellement incarcéré au Maroc, il purge une peine de prison et n’a pas pu être extradé. Son absence soulève des questions cruciales sur les événements entourant les livraisons de drogue. Me Hugues Vigier, l’un des avocats de Hambli, a exprimé des doutes quant à la possibilité d’établir la vérité sans sa présence, insistant sur le fait que « la manifestation de la vérité, sans Sophiane Hambli, je n’y crois pas. »
Le parquet a également regretté l’absence de Hambli, soulignant l’importance d’une confrontation entre ses déclarations et celles des autres témoins. Le tribunal a rejeté une demande de renvoi formulée par la défense, arguant que cette situation était de la responsabilité de Hambli, qui avait enfreint son contrôle judiciaire en 2020 avant de fuir au Maroc.
Le dossier, qualifié de « hors norme » par le parquet, implique 18 prévenus et 70 tomes de procédure. Il illustre les relations troubles entre policiers et informateurs, qui ont été au cœur de plusieurs réformes de la lutte antidrogue en France. L’affaire a même inspiré des œuvres littéraires et cinématographiques, comme le film « Enquête sur un scandale d’État », réalisé par Thierry de Peretti en 2021.
Les accusations portées contre François Thierry incluent la complicité dans le trafic de stupéfiants et la destruction de preuves. En 2015, lors d’une opération qui a conduit à la saisie de 7,1 tonnes de cannabis, Thierry avait mis en place des « livraisons surveillées », une méthode controversée qui a suscité de vives critiques. L’opération, intitulée « Myrmidon », consistait à infiltrer des réseaux de trafic, mais a également été perçue comme une manière de permettre l’entrée de drogues sur le territoire.
Les implications de cette affaire vont au-delà du simple procès. La réforme de la lutte antidrogue, initiée par une loi de 2019, a été en partie motivée par les révélations de cette affaire. Cette loi vise à encadrer les pratiques de « livraisons surveillées » et a conduit à la création d’un nouvel office anti-stupéfiants, l’Ofast, pour mieux gérer les enjeux liés à la drogue en France.
En attendant la suite du procès, qui se poursuivra jusqu’à la fin mars, l’issue de cette affaire pourrait avoir des conséquences significatives sur la perception publique de la lutte contre les drogues et des méthodes employées par les forces de l’ordre.