Procès des bars à hôtesses à Marseille : entre compagnie et proxénétisme

Depuis lundi, la justice marseillaise examine le cas de treize gérantes et barmaids d’anciens « bars à hôtesses » emblématiques du centre de Marseille, accusées de proxénétisme aggravé. Ces femmes, âgées de 49 à 79 ans, tentent de convaincre le tribunal qu’elles proposaient avant tout de la compagnie et du divertissement, plutôt que des services sexuels.

EN BREF

  • Treize gérantes et barmaids jugées pour proxénétisme à Marseille.
  • Elles soutiennent vendre de la compagnie, pas des services sexuels.
  • Le procès pourrait se prolonger jusqu’à vendredi.

Les débats se déroulent dans le quartier de l’Opéra, autrefois réputé pour ses bars à hôtesses. Des écoutes téléphoniques et des témoignages d’anciennes employées viennent alimenter l’accusation, qui affirme que ces établissements dissimulaient une réalité bien différente de celle présentée par les prévenues.

Les barmaids et gérantes défendent leur activité en arguant qu’elles offraient une sorte de thérapie à des clients en quête de réconfort. « On vend de la compagnie, on parle, on danse », a déclaré une ancienne gérante de 62 ans, qui a également souligné que la prostitution n’avait jamais fait partie de leur activité. Ce discours, pourtant, se heurte aux éléments présentés par l’accusation, qui évoque des prix exorbitants pour des bouteilles de champagne, laissant penser à des échanges bien plus explicites.

Au cœur des débats, des témoignages de clients viennent compléter le tableau. Un habitué du « Dark Side » a affirmé qu’après la deuxième bouteille, il avait droit à des « petites gâteries ». Ces révélations mettent en lumière une dynamique où la consommation d’alcool semble s’accompagner de services plus personnels, malgré les dénégations des prévenues.

Les gérantes de ces bars évoquent également un héritage d’un passé portuaire, où la vie nocturne était empreinte de convivialité. Elles se présentent comme des figures d’écoute, offrant un espace de répit à des hommes souvent en détresse. La doyenne des prévenues a décrit des clients cherchant avant tout des interactions humaines, refusant catégoriquement que ces échanges soient assimilés à de la prostitution.

Le procès, qui s’étendra jusqu’à vendredi, n’implique pas que les femmes accusées. Trois hommes, dont un barman de 80 ans, sont également dans le viseur de la justice, l’un d’eux étant accusé de livraisons de cocaïne au sein de ces établissements. Ces éléments ajoutent une couche de complexité à une affaire qui interroge les frontières entre la convivialité et l’exploitation.

Les discussions au tribunal sont souvent teintées d’humour, parfois grivois. Une des barmaids a même fait un commentaire acerbe sur la nature des services offerts, ironisant sur le fait qu’un client payant 350 euros pour une fellation devait plutôt consulter un psychiatre. Les échanges révèlent un certain cynisme, à la fois sur la nature de leur activité et sur la perception qu’en ont les clients.

Alors que les gérantes tentent de défendre leur vision d’un service axé sur le lien social, l’accusation présente une réalité plus sombre, où le sexe et l’argent semblent intrinsèquement liés. Ce procès soulève des questions sur le monde de la nuit à Marseille, sur les relations humaines et sur la manière dont la société perçoit ces établissements.

Les jours à venir s’annoncent cruciaux pour les prévenues, qui espèrent voir leur version des faits reconnue par la justice. Ce procès met également en lumière un débat plus large sur la moralité et la réglementation des activités nocturnes dans des lieux historiques de la cité phocéenne.